Le scandale d’Ashley Madison n’a pas fini de défrayer la chronique ; une semaine après avoir été hacké, le site de relations extra-conjugales continue de faire parler de lui.

Des conséquences désastreuses

On recense déjà d’innombrables demandes de divorce, selon le magazine Forbes. Une aubaine pour les avocats spécialisés dans le droit de la famille, et pour les thérapeutes de couples. Selon les estimations de Gary Neuman, auteur du best-seller The Truth about Cheating, cinquante pourcent des couples faisant face à un adultère divorcent. Or, sachant que près de trente-sept millions de coordonnées ont été dévoilées, cela fait plus de dix-sept millions de couples sur la corde raide.

Pire encore, deux cas de suicide pourraient être liés à la fuite de données. C’est notamment le cas d’un capitaine de police de Toronto, dont l’adresse e-mail avait été retrouvée parmi les coordonnées leakées.

De son côté, Active Life Media, la société éditrice du site, fait l’objet de cinq plaintes – quatre américaines et une canadienne. Les victimes reprochent à l’entreprise d’avoir violé plusieurs lois sur la protection et de la vie privée, et d’avoir négligé la protection des données des utilisateurs. Ces accusations semblent en adéquation avec plusieurs documents publiés par les hackers, dont des mails prouvant que la société avait connaissance des failles de son système, mais n’a rien fait pour y remédier. Les plaignants réclament 509 millions d’euros de dommages et intérêts à Active Life Media, qui elle a offert 500 000 dollars canadiens, soit 330 000 euros, à quiconque lui apporterait une information permettant d’identifier les hackers.

Et enfin, il y a ceux qui sautent sur l’occasion pour tirer avantage de la situation ; car après tout, il n’y a pas de petit profit.

« Pour 300$, j’appellerai votre femme et lui dirai que j’ai volé votre identité et utilisé vos nom et photo sur Ashley Madison »

[Ci-dessus, une lettre de chantage adressée à un ex-utilisateur d’Ashley Madison: « J’ai TOUTES vos informations. J’ai aussi  utilisé votre profil pour trouver votre compte Facebook […] j’ai maintenant un accès direct pour entrer en contact avec votre famille et vos amis. Si vous voulez éviter que je partage ça [avec eux], vous m’enverrez 1.05 (200 euros, ndr) bitcoins… »]

Un compte Twitter a été créé pour répondre aux personnes qui seraient victimes de chantage.

L’avis des victimes

Curieux d’entendre le point de vue des victimes, le magazine Fusion a interviewé plusieurs personnes dont les coordonnées ont été divulguées. Tom raconte avoir immédiatement fermé son compte, en priant pour que sa femme ne découvre jamais rien. « Le problème, c’est que la fuite est publique », dit-il. « Ce serait différent si [mon épouse] me trouvait à l’hôtel avec une autre. Mais je parle à une journaliste californienne, qui connaît mon nom et mon adresse, et qui sait que j’ai utilisé un site de rencontres extra-conjugales. Alors que je ne suis pas célèbre ». En effet, les hackers d’Impact Team ne se sont pas contentés de diffuser les informations des informateurs ; ils ont humilié des millions de personnes à l’échelle mondiale, pour des faits d’ordre privé.

Certaines personnes interrogées disent s’être inscrites uniquement par curiosité, d’autres avouent avoir ouvert un compte alors que leur couple était dans une période difficile. Ces mêmes personnes ont peur que la fuite ne rouvre de vieilles blessures. « Je ne crois pas que [les hackers] comprennent ce qu’ils ont fait », s’énerve quelqu’un.

Quoiqu’il en soit, presque tous craignent pour la viabilité de leur mariage.

A titre anecdotique : la société Tecnilogica a établi une carte mondiale interactive à partir des informations publiées, afin de savoir où se trouvent les infidèles. Sachant que les hommes sont représentés par un point rouge et les femmes par un point jaune, on remarque immédiatement que les utilisateurs d’Ashley Madison étaient principalement de sexe masculin. Et tandis qu’ils sont plus actifs en Europe ou aux Etats-Unis, l’Inde recense plus de femmes que d’hommes infidèles.

La carte permet également de connaitre dans quelle mesure le site était utilisé, selon l’endroit. Ainsi, Paris comptait 37 641 inscrits, contre 135 294 à Madrid et 179 129 à Londres.