Le nombre inquiétant d’attentats revendiqués par Daesh a de quoi susciter de nombreux sentiments. La peur, l’exaspération, la colère, la tristesse… Mais aussi, l’incompréhension. Nous avons éclairci pour vous l’envers des informations répétées en direct live. A tête reposée, Radio VL décrypte les cibles, modes opératoires et revendications de l’Etat Islamique.

De l’attaque de Charlie Hebdo en janvier 2015 à celle à La Rambla le 17 août 2017, les attentats ont marqué nos esprits. On se souvient notamment de…

Retour sur les événements

Le 7 janvier 2015, Chérif et Saïd Kouachi se dirigent vers les locaux de Charlie Hebdo pour « faire payer [la rédaction, ndlr] car ils ont insulté le Prophète« . Se trompant d’abord d’adresse, les frères se font menaçants envers ceux qui croisent leur chemin et n’hésitent pas à tirer à la kalashnikov. Dans la rédaction, ils ouvrent le feu mais cherchent précisément le dessinateur et directeur de publication Charb. Il est abattu avec dix autres personnes. Les frères Kouachi prennent la fuite à bord de leur voiture et croisent plusieurs patrouilles qu’ils parviennent à semer. Membre de la troisième patrouille, le policier Ahmed Merabet est tué à bout portant. Après un enchaînement de courses poursuites, les deux criminels se retranchent le 9 janvier dans une imprimerie à Dammartin-en-Goele. Ils y seront abattus par le GIGN. Au total, 12 morts et 11 blessés.

En parallèle, une prise d’otage dans un Hyper-casher à Porte de Vincennes. L’auteur est Amedy Coulibaly et menace de tuer tous les otages si l’assaut est donné auprès de ses complices retranchés dans l’imprimerie. Simultanément à Dammartin-en-Goele, le GIGN intervient dans l’épicerie casher et abat Amedy Coulibaly. Le bilan humain s’élève à 4 morts tués par le terroriste et 9 blessés. Une semaine plus tard, le 14 janvier, un des dirigeants d’Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique revendique l’attentat de Charlie Hebdo.


Retour sur les événements

Nous sommes le 13 novembre 2015 et la capitale française et sa banlieue s’apprêtent à vivre une série d’événements tragiques. Entre attentats suicides et fusillades, six différentes localisations vont être frappées. Trois terroristes procèdent au premier attentat suicide. Près du Stade de France, où se déroule un match amical France – Allemagne, trois explosions par ceintures et gilets d’explosifs aux alentours de 21 heures. Puis, dans les 10eme et 11eme arrondissements, trois autres assaillants mitraillent des terrasses de cafés et de restaurants. Deux prennent la fuite alors que le dernier se fait exploser sur place. Au Bataclan, le groupe Eagles of Death Metal se produit sur scène alors que le troisième trio de terroristes ouvre le feu sur le public.

Un assaut des forces de l’ordre met fin à la tuerie en abattant les 3 assaillants. Le 18 novembre, les forces de l’ordre abattent à Saint-Denis un des organisateurs, Abdelhamid Abaaoud, ainsi que deux complices. Salah Abdeslam, encore incarcéré aujourd’hui, est l’unique survivant parmi le commando responsable de ces attaques. Au total, 130 morts comprenant 7 terroristes et 413 blessés dont 99 graves. Après l’attentat de Madrid en mars 2004, ce 13 novembre est le plus meurtrier perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Retour sur l’événement

Le 14 juillet 2016, les niçois sur la Promenade des Anglais s’apprêtent à regarder le spectacle de feux d’artifices à l’occasion de la fête nationale. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel est au volant d’un poids lourd de 19 tonnes. Peu après les deux d’artifices, le camion est lancé à 90km/h sur environ 1,7km. Il percute un barrage policier avant de foncer sur la foule de piétons sur la Promenade des Anglais. Les agents de la police nationale le pourchassent et tentent de le neutraliser jusqu’à ce que deux policiers de la BST abattent le terroriste. L’attaque ayant fait 86 morts et 458 blessés est revendiquée par Daesh deux jours plus tard.

Retour sur l’événement

Le 22 mars 2017, il suffira de 82 secondes à Khalid Masood pour faire 6 morts et 44 blessés. A bord du SUV, l’assaillant s’empresse de faucher les piétons sur le trottoir du pont de Westminster. La voiture s’encastre dans le Palais de Westminster mais le terroriste descend avec une arme blanche et poignarde un membre de la garde de protection diplomatique et parlementaire. Il sera abattu par deux officiers en civil dans la Cour du Palais. Pour la première fois, l’Etat Islamique revendique une attaque effectuée sur le sol britannique.

Retour sur l’événement

Exactement deux mois après l’attentat de Westminster, le Royaume-Unis est à nouveau frappé par le terrorisme. Le 22 mai 2017, Ariana Grande exécute sa performance du Dangerous Woman Tour au Manchester Arena. A la sortie du concert, Salman Abedi se donne la mort dans un attentat suicide. L’explosion de la bombe fait 23 morts et 116 blessés comptant enfants, adolescents et parents. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier au Royaume-Uni après celui dans les métros de Londres en juillet 2005. L’organe de propagande de Daesh, Amaq, revendique l’attaque terroriste.


Retour sur les événements

Dans la matinée du 17 août 2017, une explosion fait deux morts à Alcanar. L’un est l’imam Abdelbaki Es Satty accusé d’avoir accéléré la radicalisation des jeunes terroristes des attaques en Catalogne. La police y trouve également du matériel de confection d’explosifs ainsi que 120 bonbonnes de gaz. L’explosion imprévue accélère le passage à l’acte et simplifie le choix du mode opératoire à emprunter. En fin d’après midi, Younes Abauyaaqoub fonce sur la foule de La Rambla à Barcelone avec sa camionnette blanche. Le conducteur du véhicule bélier prend la fuite mais est abattu par la police le 21 août. Après quelques heures, la promenade du bord de mer de Cambrils connait aussi une attaque à la voiture bélier. Seulement, à la station balnéaire au sud de Barcelone, les 5 assaillants sont abattus par les Mossos d’Esquadra.

En addition aux arrestations effectuées pendant l’enquête, la cellule terroriste est composée d’une douzaine de personnes comprenant aussi bien les commanditaires que les assaillants. Exceptés les terroristes, le bilan humain est de 15 morts ainsi que plus de 100 blessés. Daesh revendique les deux attaques à des intervalles distincts.

La récurrence des cibles touristiques

Les attentats peuvent faire naître un sentiment d’insécurité en particulier dans les lieux remplis par la foule, souvent touristiques. Mais on peut se demander pourquoi s’en prendre à des civils innocents ?

Une première hypothèse privilégie la détermination des djihadistes à défier toutes formes de sécurité. En bravant les forces érigées contre eux, ils mettent en lumière l’absence de limites à leur force de frappe. Lors de matchs sportifs comme au Stade de France ou de concerts comme à Manchester ou au Bataclan, il est naturel que des dispositifs de sécurité importants soient mis en place. Heureusement, ils ne parviennent pas toujours à pénétrer les locaux. Mais les terroristes ont tout de même vocation à trouver une faille dans cette protection en s’attaquant aux personnes protégées à la moindre occasion qui se présente.

D’autres voix expliquent les cibles touristiques par d’autres motivations. Les terroristes s’en prendraient aux touristes pour faire entendre leur cause, en montrant ce qu’ils réservent à ceux qui ne se calquent pas à leur idéologie. Pour eux, le mode de vie occidental, fortement représenté par les touristes, serait le reflet d’une société dépourvue de morale et de valeurs. C’est dans cette logique que les terroristes justifieraient les attaques dans les bars ou encore celle dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo.

Les djihadistes défendent la guerre menée par l’Etat Islamique contre les pays qu’ils ne jugent pas respectueux de leur interprétation de l’Islam. On comprend facilement qu’affaiblir l’économie des pays opposants fait partie de leurs buts. Roger Marion, ancien chef de la Division nationale anti-terroriste, expliquait à LCI que l’importance économique du tourisme à Nice en faisait une « cible de choix ». Rendre les dirigeants vulnérables en leur retirant les profits du tourisme… Ce serait leur interprétation du dicton « diviser pour mieux régner ».

L’évolution des modes opératoires

L’histoire a été marquée par bon nombre d’attentats revendiqués par les terroristes islamistes, notamment par Al-Qaïda ou Daesh. Les explosions, attentats-suicides et tueries de masses ont souvent été signées par ces terroristes. Mais les explosifs et armes à feux ne semblent plus être le premier recours. Une infographie du Monde montre la croissance des modes opératoires par armes blanches ou voitures béliers au détriments de ces derniers.

Auparavant, l’usage des voitures béliers était destiné à la dégradation d’édifices pour faciliter les braquages et tentatives d’intrusions en lieux sécurisés. Mais comme en ont témoigné Berlin, Londres, la Suède, Levallois-Perret ou encore Barcelone, le but n’est plus le même. Les cibles sont passées des façades de bâtiments aux vies humaines.

Et pour cause, Daesh s’est aventuré à faire la promotion de cette méthode. En septembre 2014, son porte parole dénommé Abu Mohamed al Adnani appelait les soldats prêtant allégeance à l’Etat Islamique à « utiliser un camion comme une tondeuse à gazon » pour tuer civils et forces de l’ordre.

La finalité recherchée reste la même. Mais cette méthode a ses raisons de se propager. Sur le territoire européen depuis 2015, plus de la moitié des attaques relèvent de ce terrorisme low-cost. Le danger s’accroît car le mode opératoire permet un impact plus étendu de Daesh. Les personnes auto radicalisées peuvent ne pas être en communication avec les organisations terroristes. Leur capacité d’action, jusqu’alors restreinte par l’impossibilité d’agir sans aide, change. De leur propre chef, ils peuvent s’improviser à la fois exécuteurs et logisticiens puisque la location ou le vol de voiture est plus facilement à leur portée. Il ne leur est plus indispensable de savoir manier armes et explosifs, ni même d’en détenir, pour procéder à une attaque.

L’agence Amaq : son rôle derrière es revendications

L’origine du mot Amaq est hébreux et signifie « la racine primaire ». C’est pourquoi l’agence de presse et organe de propagande de Daesh s’appelle ainsi. Amaq est la première source. Elle a pour vocation principale la diffusion des revendications de l’Etat Islamique. Créée en 2014, Amaq devait remplacer les comptes Twitter qui ne cessaient d’être signalés puis fermés.

Pour des raisons de fiabilité à l’international, Amaq s’efforce d’adopter les codes journalistiques occidentaux. Un ton et vocabulaire neutre ainsi qu’une présentation similaire à celle des médias internationaux. Par exemple, le bandeau Breaking News pour les brèves de revendications.

Wassim Nasr est journaliste à France 24 et parle d’une « ligne de conduite qui colle un maximum à la réalité, sans fausses informations pour garder une crédibilité aux yeux de leur public ». Leur temps de réactivité varie donc en fonction de leur capacité ou non à déterminer l’origine des actions terroristes. Parfois les aspirations de l’auteur ne collent pas à leur idéologie, faute d’avoir pu prendre contact et échanger sur leurs fondements.

Amaq diffuse tous les contenus en rapport avec l’Etat Islamique. On note les images de combats, les dépêches sur les opérations militaires, les revendications d’attentats menés… Bien que Daesh soit opposant aux membres de la coalition en Syrie et en Irak, informer ces derniers sur ses actions semble primordial. Les traductions des dépêches se font ainsi en plusieurs langues.