À partir de 2018, chacun recevra 500 € à dépenser en activités culturelles le jour de ses 18 ans. Le pass rendra-t-il la culture plus accessible ? Décryptage.

« L’opéra, c’est pour les vieux »

Le pass s’adresse aux jeunes : certains n’ont pas, ou difficilement accès à la culture. Pourquoi ? Le coût et le transport constituent un premier élément : « à la fin du mois, il reste en moyenne 5 à 7 € de disponibles à un étudiant pour les activités culturelles », souligne Emmanuel Éthis, vice-président du haut conseil de l’éducation artistique et culturelle, sur France Culture.

De plus, des blocages symboliques existent. « Est-ce que cela me concerne ? Vais-je comprendre ? » Pour les non-initiés, s’investir dans un spectacle d’opéra ou de théâtre peut s’avérer ardu. Pour ce faire, il faut connaitre les références, maitriser certains codes. Sinon, on se sent rejeté et incapable de participer : « L’opéra, c’est pour les vieux. »

La culture contre le terrorisme

Le pass culture de Macron s’inspire du Bonus cultura italien annoncé par Matteo Renzi au lendemain des attentats de novembre 2015 à Paris. L’ancien président du conseil s’engage alors à lutter contre le terrorisme par l’arme du savoir : depuis 2016, les jeunes nés en 1998 profitent de coupons culturels d’une valeur totale de 500 €. Redonner aux jeunes une fierté nationale autour d’une culture commune, tel est son objectif.

Contrairement à l’affirmation de Macron, le dispositif a connu un succès mitigé : seule la moitié des jeunes concernés s’est inscrite sur la plateforme. Et avec 78 % du montant investi dans les livres, la somme allouée peut avoir effet pervers si elle devient une bourse pour les ouvrages scolaires.

Qui paie ?

La question du financement se pose également. Macron propose de partager la facture. L’État interviendrait « pour une partie très minoritaire », assure-t-il en janvier 2017. Les diffuseurs et les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) se chargeraient du reste. Mais les réseaux sociaux ciblent les préférences, à l’image des suggestions Netflix et Spotify. Les GAFA pourraient orienter les choix culturels, au risque de les limiter.

La maison de la culture Seine-Saint-Denis Bobigny (MC93), elle, propose un pass de 7 à 10 € par mois pour assister à un nombre illimité de spectacles. L’idée est d’inciter à la curiosité car le budget limite aux choix prioritaires. Le bilan de l’expérience est impressionnant : les usagers ont assisté à huit spectacles en moyenne.

En marche vers la culture

Présenté comme un « projet d’émancipation », le pass culture constitue un véritable gage de confiance accordé aux citoyens à leur majorité. Et en amont, un travail d’initiation à la culture dès l’école répondrait aux barrières symboliques que les jeunes se fixent. « Vous devez faire votre chemin dans la culture, et c’est le jeune, c’est l’individu, qui est responsable du choix qui sera le sien. », assure le Président en janvier sur les ondes de France Culture. On reconnait bien là la patte de Macron : marcher et responsabiliser.