L’Organisation des Nations Unies est accusée d’avoir tenté de cacher un rapport dénonçant le viol de plusieurs enfants par les troupes internationales en Centrafrique. Le Ministre de l’Intérieur, Laurent Fabius, a promis de faire la lumière sur cette affaire en lançant une enquête interne et judiciaire.

C’est une révélation choc que vient de faire le journal britannique The Guardian. Selon lui, des soldats français appartenant aux troupes internationales chargées de maintenir l’ordre en Centrafrique auraient abusé sexuellement de plusieurs enfants dont les plus jeunes seraient âgés de neuf ans. C’est un certain Anders Kompass, un agent humanitaire de l’ONU qui aurait rendu publics les documents, effaré devant l’inertie de l’organisation face à ces exactions.

Certains des dizaines de milliers d’enfants déplacés lors des affrontements en Centrafrique auraient en effet affirmé à un membre du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et à un spécialiste de l’Unicef, qui les interviewaient, avoir été violés par des soldats français censés les protéger dans un centre de réfugiés à Bangui, la capitale.

Infographie Centrafrique

Les troupes françaises sont présentes dans le pays depuis 2013

« La terrible vérité, c’est que ces cas ne sont pas isolés. »

Les agressions se seraient déroulées entre décembre 2013 et juin 2014 dans le cadre de la mission Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), censée « protéger les civils et appuyer à la mise en œuvre de la transition en République centrafricaine » selon les buts qu’elle se donne elle-même sur son site internet.

C’est pourtant un tout autre but que les 16 soldats français mis en cause dans ce rapport semblent s’être donné. Les victimes, dont certaines étaient orphelines, accusent ainsi leurs agresseurs d’avoir demandé des rapports sexuels en l’échange d’argent ou encore de nourriture. La plus jeune, un orphelin âgé de 9 ans, raconte par exemple avoir été abusé sexuellement avec un ami par deux soldats français alors qu’ils se trouvaient à un checkpoint, où ils cherchaient quelque chose à manger. Il a ensuite quitté le camp, effrayé par ce qui venait de se passer.

Pour Paula Donovan, co-directrice de l’organisation Aids Free World, qui a fourni le rapport au Guardian, « les pratiques de viol réguliers par les équipes de maintien de la paix découverts ici et le mépris des Nations Unis pour les victimes sont à vomir, mais la terrible vérité, c’est que ces cas ne sont pas isolés. ». De quoi donner froid dans le dos, et rappeler les viols commis par les troupes internationales en Bosnie, mais aussi au Congo ou au Rwanda en 2011 et qui demeurent à ce jour impunis.

Une enquête ouverte

Comme le confie toujours The Guardian, le rapport a été remis à des cadres de Haut-Commissariat aux droits de l’homme, à Genève durant l’été 2014. Alors qu’il constatait que rien n’était fait, Anders Kompass aurait décidé d’envoyer le document aux autorités françaises. C’est seulement à ce moment-là que le rapport aurait été transmis par le ministère de la Défense au parquet de Paris. Une enquête préliminaire a finalement été ouverte en juillet 2014, a indiqué le site FTV Info.

Les « sanctions les plus fermes » seront prises si les abus sexuels sont « avérés », ont indiqué à l’AFP les autorités françaises. Ils devraient alors comparaître devant la Cour d’Assises puisque le tribunal des militaires a été supprimé. Les soldats pourraient en outre être suspendu le temps de l’enquête, puis définitivement interdits d’exercer. Il s’agira ensuite de déterminer si ces soldats ont été couverts par leur hiérarchie.

L’ONU a confirmé cet état de fait par la voix d’un porte-parole adjoint nommé Fahran Haq qui affirme qu’en qu’au printemps 2014 une enquête sur des «accusations graves d’exploitation sexuelle et d’abus commis sur des enfants par des militaires français» a été ouverte en RCA avant le déploiement de sa mission en Centrafrique. « Notre conclusion préliminaire est qu’une telle conduite (celle d’Anders Kompass, ndlr) ne peut pas être considérée comme celle d’un lanceur d’alerte », a-t-il ajouté. Donner le titre de « lanceur d’alerte » à Anders Kompas reviendrait en effet à considérer que l’ONU a commis une faute.

Anders Kompass a été suspendu le 17 avril et fait actuellement l’objet d’une enquête de l’ONU. L’action de l’ONU en Centrafrique, qui ne faisait déjà pas l’unanimité, sera quant à elle plus que jamais sujet à controverse.