Des chercheurs de l’Université de l’Oregon sont parvenus à modifier des morceaux précis d’ADN embryonnaires à l’aide de ciseaux moléculaires. Entre espoir et appréhension, cette nouvelle avancée scientifique suscite des questionnements.

Mercredi 2 août, la revue anglophone Nature publie un premier résultat des recherches effectuées au sein de l’Université de l’Oregon. Le taux de réussite de 72,4% sur les 58 embryons testés laisse croire à une possibilité de traitement pour supprimer les maladies génétiques.

Paula Amato et Shoukhrat Mitalipov font partie des chercheurs à l’Université de l’Oregon en charge de la recherche.

Une technique simplificatrice

Les scientifiques de l’Université des Sciences et de la Santé de l’Oregon (OHSU) ont usé d’une technique dévoilée en 2012. Il s’agit du CRISPR-Cas9, démocratisé sous l’appellation « ciseaux moléculaires ».

« On avait la possibilité de faire cet excision génique depuis longtemps, mais la c’est la simplicité de l’outil qui est absolument révolutionnaire » confie Fabrice Chrétien, chercheur sur les cellules souches, à Europe 1.

Le principe est simple. Les ciseaux moléculaires sont en fait une enzyme codée pour retrouver une localisation précise. Une fois injectée, elle se charge de couper l’ADN et d’introduire la correction voulue.

C’est ainsi que les chercheurs sont parvenus à corriger les gênes défectueux de 42 embryons sur 58. Ces derniers ont été préalablement conçus avec des ovocytes féminins couplés avec des spermatozoïdes porteurs du gêne défectueux. L’usage du CRISPR-Cas9 a permis cette forte réussite. Mais des recherches sont toujours en cours pour un résultat encore plus optimal.

Initialement dédié au traitement des maladies génétiques, le CRISPR-Cas9 pourrait avoir d’autres fins. / AFP

 

Des questionnements sur le recours aux ciseaux moléculaires

Pour le moment, les recherches sont très encadrées. Il existe par exemple la Convention d’Oviedo qui protège les droits de l’Homme dans le domaine médical. Les recherches incluant les ciseaux moléculaires ont pour but de traiter le cancer ou encore la cardiomyopathie hypertrophique. C’est pourquoi notamment, les scientifiques se sont abstenus de laisser les embryons se développer plus de quelques jours.

D’un point de vue éthique, l’appréhension a ses raisons d’être. Aujourd’hui, on est en mesure de remplacer une séquence malade par une autre saine. On imagine donc qu’il sera bientôt possible de choisir avec exactitude les gênes et combinaisons souhaitées.

Choisir l’apparence physique ou la force des individus dès le stade embryonnaire est risqué. D’autant plus lorsque l’on sait que les plus malveillants pourraient effectuer ces choix en fonction des rôles prévus pour les uns et les autres dans la société.

Un peu moins calqué sur le Meilleur des Mondes, un autre débat peut être ici relevé. En particulier pour tout ceux qui estiment que l’avortement est inhumain.