Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, souhaite donner un diplôme aux mères au foyer.

 

Marlène Schiappa souhaite donner aux mères au foyer un CAP Petite Enfance par validation des acquis d’expérience. Le but : favoriser l’insertion professionnelle des femmes précaires qui n’ont pas fait d’études dans le but d’élever leurs enfants. La secrétaire d’Etat veut alors traduire en diplôme l’expérience de la parentalité. Elle a cependant précisé qu’elle y songeait seulement pour l’instant mais les réactions négatives se sont déjà fait entendre de la part des professionnels du secteur et d’associations féministes.

 

En quoi consiste la proposition ?

C’est à l’Assemblée nationale, lors de son audition par la délégation aux droits des femmes, que Marlène Schiappa a fait sa proposition publique : « Un certain nombre de femmes, notamment dans des banlieues ou des zones rurales, ont eu des enfants jeunes, et se retrouvent sans qualification, sans expérience professionnelle à l’âge de 25, 30, 35 ans sur le marché du travail, avec un CV qui est une page blanche, qui n’ont pas de diplôme et qui n’ont comme seul argument dans les entretiens d’embauche que de dire “J’ai élevé mes enfants”, a-t-elle défendu. Nous sommes en train de voir si nous pouvons transformer cette expérience en CAP petite enfance, en diplôme d’Etat, en brevet d’Etat d’éducatrice de jeunes enfants ».

Il s’agirait donc de donner à ces mères au foyer une validation des acquis d’expérience (VAE) concernant toute personne sans diplôme, en fin de congés parental. Cette VAE leut donnerait ensuite droit à un CAP Petite Enfance.

Concernant les pères au foyer, la ministre s’était concentrée sur les mères au foyer durant son annonce mais a précisé à BFM qu' »il se trouve que 98% des parents qui s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants sont des femmes, mais les hommes sont évidemment éligibles à ce dispositif. »

 

Que peut-on faire avec un CAP Petite Enfance ?

Posséder ce diplôme permet de devenir un professionnel de l’accueil et de la garde des enfants de moins de 6 ans. La personne peut alors exercer des soins quotidiens (repas, hygiène) et exercer des activités d’éveil et travailler au sein de crèches, garderies ou centres de loisir. Autrement, elle peut également devenir assistant maternel à domicile (sous réserve d’obtenir l’agrément du conseil général). On peut également passer le concours d’Atsem pour travailler en école maternelle grâce à ce CAP.

 

Critiques des professionnels et des associations féministes

Les professionnels, eux, ne sont pas favorables à la proposition qu’envisage Marlène Schiappa. Julie Marty-Pichon, par exemple, coprésidente de la Fédération nationale des Educateurs de jeunes enfants (FNEJE) a tenu à faire part de son « indigniation » face à une « annonce qui vient une fois de plus démontrer l’ignorance des enjeux de l’accompagnement des jeunes enfants ». C’est ce qu’elle a écrit dans une lettre à la ministre. Pour elle, « être professionnel(le) de la Petite Enfance, c’est prendre soin des enfants des autres sans les enjeux affectifs présents entre un parent et son enfant. Être parent, c’est donner toute l’affection et l’amour à son enfant en se fondant sur des principes éducatifs personnels […] Il ne suffit pas d’avoir eu des enfants pour accompagner ceux des autres. »

Du côté des associations féministes, l’avis n’est pas plus favorable. Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme explique ainsi que «d’un avis unanime, les associations lui ont indiqué que son projet n’était pas une solution au vrai problème que rencontrent les mères. Il ne permettait ni de reconnaître leur travail en tant que parent, ni de les soutenir.» Cette association féministe, comme d’autres, pense que l’Etat devrait plutôt aider les mères à concilier vie familiale et vie professionnelle.

« Il ne s’agit pas de distribution »

La proposition de Marlène Schiappa n’a donc pas été bien acuueillie par les associations féministes et les professionnels. Ces derniers craignent une dévalorisation de leur métier qui peine déjà à susciter des vocations.

La ministre a souhaité répondre aux professionnels. Elle a ainsi déclaré : « Ce qui est remis en cause par les professionnels de la petite enfance c’est : ‘on va brader nos diplômes et on va les distribuer’. Je les comprends […] Ça n’est pas le cas. Il ne s’agit pas de distribution, il ne s’agit pas uniquement de femmes, il s’agit d’intégrer dans des parcours diplômants, dans des VAE, avec des formations, des examens, des dossiers très solides, et des jury de professionnels ».

De quoi les rassurer ? Pas sûr… Une pétition a été lancée en ligne visant à stopper le projet et a déjà recueillie presque 10 000 signatures.

 

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