Alors que les États-Unis se remettent à peine de la fusillade dans une boîte LGBT d’Orlando qui a coûté la vie à 49 personnes, la communauté gay a été très présente dans les médias pour dénoncer une attaque certes terroriste, mais surtout homophobe. Nous nous sommes penchés sur les droits des LGBT aujourd’hui aux USA, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire.

S’il y a des victoires majeures comme celle du 26 juin 2015, lorsque la Cour Suprême reconnaissait aux personnes de même sexe le droit de se marier en affirmant que les en empêcher serait inconstitutionnel, il y a également des épisodes qui fragilisent les avancées ; la fusillade de dimanche en est un.

Des avancées majeures ces dernières années

La présidence de Barack Obama, qui s’achève en janvier prochain, est celle qui aura le plus œuvré dans le droit des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles) et cela dans une Amérique qui se montre de plus en plus ouvertes aux évolutions. Le Président américain avait confié en avril dernier que ses filles lui avaient fait comprendre « l’importance du mariage pour les personnes de même sexe, un acte qui allait beaucoup plus loin que l’union civile (NDLR : permise dans seulement 6 États) ». Le Président a d’ailleurs pris publiquement position pour le mariage gay en 2012 lors de la campagne pour sa réélection, après que son vice-président Joe Biden l’ait convaincu que c’était « la bonne chose à faire ».

Barack Obama en juin 2015 lors d'une réunion pour les LGBT à la Maison-Blanche

Barack Obama en juin 2015 lors d’une réunion pour les LGBT à la Maison-Blanche CP: Pete Souza

Le premier signal fort envoyé à la communauté gay par le président Obama a eu lieu en 2010, lorsque ce dernier a présenté une loi au Congrès qui abrogerait une directive en place au sein des forces armées américaines et ratifiée en 1994 sous la présidence de Bill Clinton. Cette dernière n’est autre que le Don’t ask, don’t tell (« ne demande pas et ne dis pas » en français) qui obligeait les personnes homosexuelles, lesbiennes et bisexuelles qui servaient dans l’armée à ne pas parler publiquement ou avec leurs collègues de leur orientation sexuelle. Le 20 septembre 2011, le texte entre en application et le Pentagone annonce que toutes les personnes qui avaient été écartées en raison de leur orientation sexuelle ou pour l’avoir affichée se verraient proposer d’être réintégrées.

En 2009, des personnes protestent contre le "Don't ask, don't tell"

En 2009, des personnes protestent contre le « Don’t ask, don’t tell » | CP : Reuters

Beaucoup plus médiatisée, la décision de la Cour Suprême en 2015 reconnaît qu’empêcher deux personnes de même sexe de se marier est inconstitutionnel. Par conséquent tous les États fédérés ont l’obligation de marier les personne gays qui le souhaitent. Cette décision tend à imposer le mariage gay dans 13 États car 37 l’autorisaient déjà, à commencer par le Massachusetts qui le légalise dès 2004 avant de voir d’autres États l’autoriser progressivement.

Dès lors, pourquoi tant de bruit autour de cette décision ? Tout simplement car on parle ici d’une décision de la Cour Suprême, la plus haute instance du système judiciaire américain. Sa décision est  motivée par plusieurs éléments et vise à reconnaître que les personnes gays au regard de la Constitution des États-Unis peuvent se marier. Les États les plus conservateurs avaient réussi jusqu’alors à l’interdire en faisant inscrire dans la Constitution de l’État (applicable seulement au sein de celui-ci) que c’était illégal ; or la Constitution des États-Unis est supérieure à la Constitution des États fédérés, et ces derniers doivent donc autoriser le mariage gay.

Des États au cœur de l’État

Le fonctionnement d’un État fédéral peut paraître difficile à aborder de prime abord ; pourtant c’est assez simple. La Constitution des États-Unis détermine que certaines prérogatives reviennent aux États, et parmi eux la justice. Dans ce domaine-là, les disparités sont immenses. Cela se traduit par des situations qui peuvent paraître totalement aberrantes, et deux sujets illustrent bien cela : les affaires judiciaires et l’emploi.

Dans le secteur de l’emploi, il est toujours possible de licencier une personne en raison de son orientation sexuelle dans 27 États, dont la Floride. En effet, seulement 23 États permettent d’empêcher que des personnes homosexuelles ou bisexuelles perdent leur emploi à cause de leur orientation sexuelle. Ce nombre descend à 20 lorsqu’il est question des États appliquant la même loi pour les personnes transexuelles. Cette question a fortement agité les USA il y a quelques mois, lorsque l’Indiana a fait passer une loi qui disposait qu’un commerçant, en plus de pouvoir virer un employé en raison de sa sexualité, pouvait refuser de servir un client pour la même raison.

Commerçante affiche un sticker sur sa devanture dans l'Indiana : "ce commerce sert tout le monde" Reuters

Commerçante affiche un sticker sur sa devanture dans l’Indiana : « ce commerce sert tout le monde » CP: Reuters

Un autre domaine dans lequel les personnes LGBT ne bénéficient pas de protection supplémentaires est peut-être plus problématique, car il s’agit des poursuites judiciaires. Sur les 50 États, 31 incluent l’orientation sexuelle de la victime lors de crimes dits de haine et ne sont plus que 16 à prendre en compte l’identité sexuelle. Cela signifie qu’une personne qui en agresse une autre en raison de son orientation ou de son identité sexuelle ne se verra pas plus lourdement condamnée que s’il n’ y avait pas eu une telle motivation dans 19 États.

Des situations auxquelles Nathan assiste depuis plusieurs années. Étudiant dans l’État du Nebraska et âgé de 20 ans, il est ouvertement gay et un fervent défenseur des droits des personnes LGBT. Après la fusillade d’Orlando, il a accepté de répondre à nos questions.

Radio VL: Comment allez-vous après ce qu’il s’est passé à Orlando?

        Nathan : En tant que membre de la communauté LGBT, je suis choqué : ça vous touche vraiment lorsque vous pouvez vous identifier aux personnes qui ont vécu ce drame terrible. En tant qu’américain, je ne suis pas surpris. Consterné mais pas surpris car depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai entendu parler de fusillades et c’est presque devenu normal. Et c’est d’ailleurs ce qui rend la chose consternante: on s’y habitue presque.

En tant que gay aux États-Unis, ressentez-vous encore une haine et êtes-vous victime de violence car appartenant à cette communauté?

        Ça dépend énormément de l’endroit où vous vous trouvez aux USA mais pour ma part je ne me sens pas menacé dans mon intégrité physique. Le Nebraska est plus conservateur que la Floride donc j’évite généralement tout signe d’affection en public mais ça ne m’empêche pas de parler ouvertement des droits LGBT et de me rendre à des manifestations. Je pense que les transexuels sont ceux qui aujourd’hui souffrent le plus de ces violences avec des débats qui les visent directement.

      On a vu en Floride, des membres du Congrès de l’État mais aussi le Gouverneur dire combien ils sont choqués et attristés. Dans le même temps les gays peuvent toujours être virés par leur employeur en Floride en raison de leur homosexualité, comment voyez-vous cet écart entre la vie de tous les jours et les droits des personnes homosexuelles?

       Les lois pour la protection des personnes LGBT sur leur lieu de travail sont très importantes et c’est simplement une question de temps avant qu’elles ne soient votées. Je ne connais pas le cas de la Floride mais dans le Nebraska, nous soutenons depuis plusieurs années une loi traitant de ce sujet en espérant faire évoluer les mentalités et le droit. Je ne pense pas que les conservateurs comprennent que c’est une nécessité surtout pour envoyer un message de soutien à cette communauté.

        D’un point de vue plus personnel, je pense que la discrimination basée sur l’orientation sexuelle devrait être comprise dans les lois sur les discriminations sexuelles (sur lesquelles il existe déjà des lois) et les Cours de justice commencent à le concevoir également de cette manière.