Lors du 18ème Festival de la Fiction TV de La Rochelle, une jeune génération d’auteurs-réalisateurs a émergé, des personnes aimant les séries et pour qui ce n’est pas un gros mot…

Ça y est, les séries sont respectables!!! Enfin !!! Après les avoir tantôt snobées, tantôt vilipendées, voire après avoir carrément craché dessus, l’intelligentsia du cinéma y plante ses crocs avec voracité et y trouve son compte dans une espèce de reconnaissance arty. Les séries c’est désormais tendance, depuis que nous sommes entrés dans ce fameux 3ème âge d’or et que des réalisateurs prestigieux venus du 7ème art viennent s’y essayer pour un tour avant de retourner faire joujou avec leur CinémaScope et leur grand écran d’un blanc immaculé. Faisons donc table rase du passé parce que la télévision c’est bien mais c’est petit et exigu pour s’y exprimer dans le temps, parce que c’est du travail, beaucoup de travail et que c’est fatiguant, qu’il y a beaucoup de texte à apprendre (Mathilde si tu nous lis…) et puis parce que la série c’est un mot qu’on n’emploie qu’avec des pincettes et en se bouchant le nez (essayez donc de faire les deux en même temps, c’est un sacré exercice d’équilibriste)! Comme le terme série semble rebuter un grand, un TRÈS grand nombre des « acteurs » du monde de l’audiovisuel, ils ont opté pour un mot plus simple et plus direct et qui leur est nettement plus familier: « film »!

3x Manon

3x Manon

Une série c’est donc comme un long film. On ne dit pas 6 épisodes mais 6 heures, on ne dit pas la saison mais le film, on ne dit pas que c’est beau formellement mais que ça a un aspect cinématographique… Et oui, amis du cinéma, non seulement vous venez à la série pour vous faire une légitimité ou vous refaire une virginité mais vous vous appropriez un média et le lexique qui s’y réfère en toute impunité. Mais si jusqu’ici si les voix s’élevaient dans une espèce de chuchotement agacé, c’est un cri d’orfraie que nous sommes désormais contraints de pousser. Il faut dire que durant le Festival de la Rochelle, chacun s’en est donné à cœur joie! NON la série n’est pas un film, NON, NON,NON et NON, un petit effort allez, il y a des codes qui régissent les séries télé, vous essayez de vous y plier, alors de grâce, épargnez-nous votre rhétorique compassée dès lors que vous parlez de votre travail! Parlons donc en terme de saison, conservons l’épisode comme unité de mesure, régalons-nous encore des rendez-vous récurrents et de cette possibilité que nous offre les séries télé de développer des histoires au long cours, de fouiller la psychologie des personnages, de multiplier les pistes narratives, les fausses pistes et les cliffhangers. La série télévisée serait l’emblème du huitième art, ça n’en fait pas pour autant un art mineur en regard du septième.
C’est sans nul doute à votre corps défendant que vous employez ces termes inappropriés, vous ne vous en rendez sûrement même pas compte, mais pour des oreilles chastes qui tentent depuis si longtemps de donner une vraie légitimité à la série télévisée en tant que tel, comprenez que ça grince des dents dès que ce vocabulaire dévale de vos lèvres et se déverse en torrents. Il en est de même pour nous autres d’ailleurs, journalistes sans imagination, qui donnons à certains films (oups!) des qualificatifs que l’on souhaite blessants et qui ne trouvons rien de mieux que d’employer des expressions comme « réalisation de téléfilm » ou « rythme de série télé » pour rabaisser une oeuvre mineure à nos yeux. Nous sommes dans le même sac, celui du mépris, de la communication au rabais, des formule lapidaires à bon compte… Mais si nous ne valons pas mieux à ce niveau les uns que les autres, faut t-il pour autant continuer à maltraiter les termes, à les froisser sous l’étau de notre morgue, à user de non sens…

Rétablissons donc les codes, remettons les choses à leur juste place, séries et films ont autant de noblesse l’un que l’autre, ils n’ont juste pas la même fonction. Ensemble, faisons l’effort de ne pas dresser de chapelles dialectiques qui iraient à l’encontre des arts les plus populaires qui soient. Continuons à aimer le cinéma et la télévision dans un même élan mais ne les mélangeons pas, laissons leur leur spécificité et continuons à les servir avec amour et passion! Et cessons de faire un film de tout cela!