Par Boris Ehrgott.

Le Président de la commission d’investiture des élections législatives pour la République En Marche est l’invité des “Enfants de la Politique”, le premier talk show politique pour et par les jeunes, avec VL (1er media jeune de France) et le HuffPost.

Entre liberté et égalité, son coeur balance. Idées à droite, coeur à gauche, l’ancien parlementaire, ministre et médiateur de la République, récent président du Conseil Economique, Social et Environnemental s’est toujours émancipé du clivage traditionnellement binaire de la politique française. Aujourd’hui Jean-Paul Delevoye est entré dans l’écurie du jeune surdoué de la République par la grande porte. Il a pour lui une expérience politique démarrée en 1982… alors qu’Emmanuel Macron n’avait pas encore atteint l’âge de raison. Sa mission a été de trouver les candidats qui peuvent apporter une majorité parlementaire au parti présidentiel.

Depuis son premier mandat de maire à Bapaume dans le Pas-de-Calais, le colosse, à peine septuagénaire, a patiemment sillonné le monde politique quand le second a monte les marches de l’Elysée quatre à quatre. A priori tout les oppose, et pourtant… Tous deux reçoivent une formation jésuite au lycée de La Providence à Amiens. De quoi entretenir chez le Chiraquien une “macronmania” parfaitement assumée.

En 2013, après trente ans à la tête de sa petite commune de 4 000 habitants, Jean-Paul Delevoye décide de ne pas se représenter. À l’image de son premier mandat, où, élu de droite, il avait été épaulé par le maire sortant, issu de la SFIO, Jean-Paul Delevoye fait une nouvelle fois la preuve de sa liberté d’esprit en soutenant le candidat du PS plutôt que celui investi par l’UMP, ce qui conduit à son exclusion. Un argument qui fait écho avec la ligne politique défendue par Macron.

La défaite d’Alain Juppé aux Primaires de la Droite et du Centre, et la victoire de François Fillon, trop libéral selon lui, l’ont convaincu en janvier dernier de rejoindre le candidat d’En marche!. Jean-Paul Delevoye n’a certainement pas le look du petit nouveau en politique. Mais dans la nébuleuse Macron, il en est un peu le garant du renouvèlement puisqu’il a dû sélectionner les candidats des 577 circonscriptions. Même si cet ancien patron de la puissante Association des Maires de France connaît la carte électorale comme personne, la tâche est titanesque.

Entouré d’une petite équipe de neuf collaborateurs, il a dû passer à la moulinette plus de 16.000 candidatures. Comme annoncé durant la campagne, la moitié des profils sélectionnés est issue de la société civile. La politique n’est pas un métier, certes, mais l’élection ne fait pas pour autant le député. La complexité des rouages parlementaires saura-t-elle digérer un tel afflux d’amateurs, si éclairés soient-ils? On n’est pas loin de l’armée mexicaine.

Même si une étoile continue manifestement de briller sous les ors élyséens comme durant la campagne, des petits cailloux se sont glissés dans les bottes de sept lieues d’Emmanuel Macron. L’affaire Ferrand en est un. Les Français, à peine remis du “Fillongate”, ne semblent plus prêts à pardonner le moindre écart de conduite de la part d’un élu qui se proclame officiellement comme un défenseur de la morale en politique. Avant même d’être débattue et mise en oeuvre, la loi de moralisation de la vie publique a du plomb dans l’aile.

LRM laisse entrevoir un ras-de-marée inédit dans l’Hémicycle. Le général De Gaulle expliquait en substance qu’une élection présidentielle était la rencontre entre un homme et son programme. Mais la fascination d’une partie de la jeunesse pour l’homme, entretenue par le vent de modernité qu’il inspire, cache souvent une méconnaissance du programme, voire une indifférence. Une fois le cap des cent jours de “lévitation” franchi, la “redescente” d’Emmanuel Macron risque de secouer.

Déjà, les syndicats laissent planer la menace du blocage. Ils ne manqueront pas de rappeler à l’équipe présidentielle la difficulté de la mise en oeuvre des réformes institutionnelles, aussi nécessaires et urgentes soient-elles. Et l’expérience d’un Jean-Paul Delevoye, dont son découvreur Jean-Pierre Raffarin flattait les talents de négociateur, ne serait pas de trop. Il y a fort à parier qu’à la faveur d’un premier remaniement post-électoral, l’habile Delevoye pourrait se voir confier un portefeuille auprès du Premier ministre Edouard Philippe. Les paris sont ouverts.