Jonah Lomu est décédé d’un arrêt cardiaque ce mercredi matin à Auckland à l’âge de 40 ans. Le légendaire joueur de rugby des années 90 restera dans nos mémoires comme celui qui terrorisait les défenses adverses par sa vitesse et sa puissance incroyable.

Nous sommes le 31 mai 1999 au Stade de Twickenham à Londres. Le XV de France affronte en 1/2 finales de Coupe du monde la redoutable Nouvelle-Zélande, emmenée par leur ailier surpuissant Jonah Lomu. Les bleus malmènent les All Blacks en début de match, jusqu’à ce que Lomu prenne les choses en main.

L’ailier néo-zélandais au crâne rasé et à la houpette, 1,96m pour 120 kg, plante deux essais dans son style si caractéristique. Recevoir le ballon d’un coéquipier à une quarantaine de mètres de l’en-but, prendre de la vitesse, foncer tout droit, démolir les plaquages adverses et venir s’écrouler dans l’en-but. Aucune équipe au monde n’a jamais pu résister à ça.

Lomu France 1999 Coupe du monde

Jonah Lomu transperce deux fois, à lui tout seul, la défense française, en 1/2 fiinales de la Coupe du monde 1999 (crédits phto : rtl.fr).

La Nouvelle-Zélande mène 24 – 10. Les commentateurs français du match, Christian Jean-Pierre et Bernard Laporte, n’en croient pas leurs yeux. « C’est un monstre Christian, c’est un monstre ! » déclare Bernard Laporte. « C’est Gulliver au pays des Lilliputiens », lui répond Christian Jean-Pierre, en référence à l’oeuvre de Jonathan Swift.

Mais en ce jour d’automne 1999 à Twinckenham, la furia française va tout renverser et signer le plus bel exploit du rugby français (43 – 31). Jonah Lomu ne sera pas champion du monde. Il ne le sera jamais, en fait. Alors qu’il est considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du rugby, si ce n’est le meilleur.

Un roi sans couronne 

En ce mercredi 18 novembre 2015, Lomu vient de perdre un autre match : celui qu’il menait contre une grave maladie, un syndrome néphrétique (désordre rénal), que les médecins lui avaient diagnostiqué en 1997. Avant que ce mal ne vienne le frapper, celui qui est né à Auckland en 1975 et a grandi aux îles Tonga (berceau de ses parents) était déjà un phénomène sportif et médiatique.

Le monde le découvre en 1995, lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud. Par sa vélocité époustouflante et sa puissance dévastatrice, il fracasse les défenses de toutes les nations qui croisent son chemin. Les Anglais s’en souviennent encore. En 1/2 finales (45-29 pour les All Blacks), ils encaissent 4 essais de cet homme,  dont un d’anthologie où il va littéralement « marcher » sur Mike Catt, dernier rempart venu pour le plaquer.

Mais il perdra la finale à Johannesbourg face aux Springboks sud-africains. Deux jours avant le match, la moitié de l’équipe néo-zélandaise a été victime d’une mystérieuse intoxication alimentaire. Le manager des All Blacks, Colin Meads, avait même parlé « d’empoisonnement ».

Un colosse fragile

Deux ans plus tard, lors de la découverte de sa maladie, tout le monde pense que Lomu ne pourra plus rejouer au haut niveau. Mais son amour du rugby et sa volonté de fer le font revenir en 1999 lors de la Coupe du monde au Royaume-Uni, sans toutefois triompher. Ce sera la dernière chance de Lomu d’être champion du monde.

Sa maladie reprend le dessus. Il arrête sa carrière internationale le 23 novembre 2002 sur une victoire contre le Pays de Galles (43-17). Il aura marqué 37 essais en 63 sélections entre 1994 et 2002 sous le maillot des All Blacks. Il aura détenu le record d’essais marqués en Coupe du monde (15 essais. Le Sud-Africain Bryan Habana a égalisé le record en octobre dernier).

Lomu Habana

Le Sud-Africain Bryan Habana, détenteur avec Lomu du records d’essais marqués en Coupe du monde (crédits photo : telegraph.co.uk).

Ses fonctions rénales se détériorent. Il doit subir trois dialyses par semaine. Ses médecins le mettent en garde : si une transplantation rénale n’est pas réalisée, il peut passer le reste de ses jours en chaise roulante. En 2004, la transplantation a lieu avec succès. Mais il n’est plus que l’ombre de ce qu’il était.

« J’étais ce gars (…) qui terrassait ses adversaires, marquait des essais, gagnait des matches, s’amusait. Et je me suis retrouvé si malade que je n’étais même pas capable de doubler un petit bébé », avait-il confié.

« J’ai déjà vécu en une vie plus de choses que la plupart des gens en six ou sept vies »

Malgré toute cette souffrance, le colosse parvient une dernière fois à rechausser les crampons en janvier 2006, chez les Cardiff Blues. Il y dispute 10 matches, sans vraiment être le monstre qu’il était. Sa dernière apparition sur un terrain remonte à 2010 en France, au sein du club de Marseille-Vitrolles, en Fédérale 1, le troisième niveau national.

Jonah Lomu Cardiff Blues

Jonah Lomu avec les Cardiff Blues (crédits photo : skysports.com).

Sachant ses jours comptés, l’ancienne gloire All Blacks tente de profiter de la vie et donne un peu de son temps pour des actions caritatives. « Je suis très chanceux, disait-il. J’ai déjà vécu en une vie plus de choses que la plupart des gens en six ou sept vies ». En septembre dernier, il avait confié au Daily Mail qu’il espérait voir grandir ses deux fils, Brayley et Dhyreille, jusqu’à leurs 21 ans. Mais son corps, qui lui avait permis de devenir la première star du rugby professionnel, ne lui a pas offert cette faveur.

Juste avant sa mort, Lomu avait rendu hommage aux victimes des attentats de Paris.