Depuis 1958  et l’avènement de la Ve République un bon nombre de grandes phrases ont marqué les esprits notamment à l’occasion des élections présidentielles. En effet avec la montée en puissance des médias et l’élection au suffrage universel direct du président de la République introduite par une loi constitutionnelle de 1962 on constate que les campagnes présidentielles ont adopté un côté quasi publicitaire en utilisant, par exemple, des slogans. A défaut de « C’est tout ce que j’aime » et de « Think different » voici un petit historique des meilleurs slogans de la Ve République.

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Lors des élections de 1965 le général de Gaulle et François Mitterand s’affrontent au second tour. Le premier évoque la « Confiance en la France, confiance en de Gaulle », il s’assimile au pays. Cette référence à la France est souvent utilisée dans les slogans, elle permet d’éveiller les sentiments nationalistes et de fédérer la population. Le candidat de gauche quant à lui parle d’ « un président jeune pour une France moderne » et rappelle ainsi ses ambitions, cependant sa jeunesse ne fût pas convaincante, il dû attendre 16 ans avant d’accéder au poste de chef de l’Etat.

En 1969 à la suite de la démission du général de Gaulle on retrouve « Pompidou avec la France, pour les Français » : en employant « pour » et « avec » il souligne la place et l’importance du peuple français et sa volonté d’œuvrer pour lui… Tout en lui cachant sa maladie.

En 1974 à la suite du choc pétrolier de 1973 et de la crise qui s’en suivit on retrouve l’idée du changement partout : Jacques Chaban-Delmas se prononce « Pour une nouvelle société » tandis que Valéry Giscard d’Estaing désire mettre en œuvre « Le changement sans le risque », dans une France meurtrie c’est la promesse de sécurité qui l’emportera.

En 1981 François Mitterand choisi un étrange mélange entre la puissance et le calme avec sa « Force tranquille ». La force est un élément fédérateur à connotation nationaliste, qui s’inscrit presque dans la perspective gaullienne de renouveau de la grandeur nationale.  Les candidats de droite, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac ne sont pas très percutants. Le président sortant déclare « Il faut un président à la France » et l’autre lui répond en se prétendant « Le président qu’il nous faut », seul problème, cela n’était pas de l’avis des français…

Lors des élections de 1988, après une période de cohabitation, Jacques Chirac le premier ministre fait une proposition « Nous irons plus loin ensemble » mais il en faut plus pour convaincre la « Génération Mitterand » qui se reconnaît dans « La France unie ».

1995 arrive et Edouard Balladur après avoir été le premier ministre pendant 2 ans désire « Croire en la France » pendant que Lionel Jospin se voit déjà « le président du vrai changement », au risque de sonner un peu trop ambitieux. Jacques Chirac reste plus sobre en prônant « La France pour tous » et la victoire pour lui (jusqu’à ce qu’ils ne disposent plus de la majorité requise à l’Assemblée à partir de 1997).

En 2002 Lionel Jospin promet de « Présider autrement une France plus juste », sa vision du juste n’est cependant pas la même que celle de Jean-Marie Le Pen qui invoque « Une force pour la France ». La définition de la France du candidat du Front National étant beaucoup plus restrictive que celle de la majorité des français, c’est Jacques Chirac qui, en les englobant tous dans « La France en grand, la France ensemble » finit par gagner.

Ségolène Royal, en 2007, avec la « France présidente » s’incline devant le changement et l’espoir qui en découle devant les éventuelles possibilités, tout cela s’illustrant dans le slogan de Nicolas Sarkozy : « Ensemble, tout devient possible ».

Et en 2012 ? Comme vous avez pu le constater on retrouve les thèmes récurrents : La France, le changement, la force, l’unité. Les français préféreront-ils conserver leur France mais une « France forte » avec Nicolas Sarkozy ou une « France solidaire » présidée par François Bayrou ?  Ou voudront ils une rupture avec la France actuelle (même améliorée) en soutenant François Hollande dans le fait que « Le changement, c’est maintenant » ? Ou alors  « La voix du peuple, l’esprit de la France » portera-t-il Marine Le Pen au pouvoir ?

Quoi qu’il en soit on constate que les slogans perdent petit à petit de leur importance,  dans les années 1980 ils sonnaient comme de véritables revendications. Aujourd’hui ils sont moins percutants et fédérateurs. Ils perdent de leur impact en s’inspirant des candidats des élections passées, en puisant toujours dans les mêmes champs lexicaux et en allant même jusqu’à utiliser un vocabulaire identique. Cependant, l’emploi de formules similaires n’aidera pas à retrouver la ferveur qui était liée à ces slogans et le soutien porté aux candidats qu’ils caractérisaient. Il est peu probable que « La France forte » ou « Le changement, c’est maintenant » remplacent dans nos livres d’histoire et dans nos esprits « La force tranquille » ou « La confiance en la France, confiance en de Gaulle ».

Laurença d’Orey