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Émouvant, bouleversant, choquant. Existe-t-il seulement ce mot, celui qui pourrait qualifier ce drame qu’est en train de vivre Nada, jeune yéménite de 11 ans, qui a échappé de peu au mariage forcé ? L’enfant, fait part dans une vidéo choc de sa colère vis-à-vis de ses parents, les instigateurs du projet. Finalement recueillie par son oncle Abdel Salam al-Ahdal après avoir eu l’incroyable courage de fuir sa famille, Nada al-Ahdal prend la parole pour toutes les autres petites filles et femmes qui n’ont pas eu la même chance, la même audace. 

« J’ai porté plainte contre ma mère à la police. Je leur ai dit que j’avais 11 ans et qu’elle avait voulu me marier de force. Je n’aurais pas eu de vie, ni aucune éducation. N’ont-ils aucune compassion ? Quelle sorte d’éducation ont-ils reçu ?

Je préfèrerais être morte. Je préfèrerais mourir ».

 Un triste cas parmi tant d’autres

Nada n’est pas la première petite fille à subir une telle violation de ses droits. Mais elle est la première à diffuser son message au monde entier. Un message empreint d’émotions qui révèle une maturité rare, et une véritable détermination à dénoncer l’horreur des mariages forcés. Pas arrangés, forcés. Vous me direz : « quelle mouche a piqué ces parents ? Jamais dans notre société, on ne tolèrerait de tels actes… Non jamais ! ». Pourtant, et comme quoi il ne faut jamais dire jamais, le cas de Nada n’est pas isolé. Il ne concerne pas que les Yéménites, ou les Arabes. Non, non. Il concerne également les Françaises.

Si au Yémen, il n’existe pas d’âge minimum pour se marier et que 52% des filles sont contraintes à devenir « épouses » avant leur majorité (un quart avant quinze ans), elles seraient 70 000 en France à avoir été menacées du même sort ces dix dernières années. Plutôt âgées de 15 à 25 ans, elles sont souvent amenées dans le pays d’origine de leur famille pour que l’union soit « célébrée ». Pour le sociologue Gérard Neyrand, « Cela concerne plutôt les familles d’origine maghrébine qui fonctionnent dans une logique patriarcale. (…) La jeune fille n’est pas toujours au fait de ce qui se trame. Elle pense que le voyage est l’occasion d’une fête de famille, de simples vacances ». Pourtant, il rappelle que « dans le coran, il est dit que l’acceptation des deux époux est nécessaire. Aucun précepte religieux n’accepte ce type de logique ».

Vers un durcissement de la loi en France

Le 8 juillet dernier, un rapport a été remis au gouvernement dans le but d’améliorer les droits des femmes étrangères en matière de mariage forcé. Ce rapport reçu par Najat Vallaud-Belkacem, ministre du Droit des femmes, est réalisé par  la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), un organisme indépendant qui conseille le gouvernement. Parmi les 15 recommandations faites, la commission préconise de « tenter de renégocier » les conventions avec plusieurs pays étrangers. Le principal problème étant que les femmes ne connaissent pas nécessairement leurs droits, notamment celui d’annulation du mariage si le consentement des deux époux n’est pas « libre et éclairé ». Autre recommandation d’importance, il faudrait désormais « s’assurer que les auditions des futurs époux, devant les autorités consulaires, soient séparées » afin que la femme puisse s’exprimer en toute quiétude, sans menace, ou pression du futur mari.

Actuellement, le mariage forcé n’est pas sanctionné par les tribunaux français, sauf dans les quelques cas d’enlèvement. Heureusement, la situation va bientôt évoluée puisque la ministre du Droit des femmes a annoncé lors de sa rencontre avec le CNDCH la prochaine promulgation d’une loi qui introduit dans notre code pénal un nouveau délit de tromperie visant à sanctionner les parents. Un délit constitué par le fait de tromper quelqu’un afin de l’emmener à l’étranger pour lui faire subir un mariage forcé qui sera passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation devraient éclore. Formation et sensibilisation des professionnels. « Les jeunes filles doivent savoir qu’elles peuvent être aidées » a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, à la presse. Il ne reste plus qu’à espérer que le témoignage de la petite Nada – même s’il est remis en cause par certains – réveille les gouvernements encore passifs face à ce fléau. Pour rappel, chaque année, d’après l’Organisation des nations unies (ONU), elles seraient près de dix millions de jeunes filles à subir cet affront.