Etudiante à Science Po, Marie a lancé en 2016 sa marque de chaussures, Minuit sur Terre, fabriquées sans aucun produit d’origine animale. En moins d’un an, l’initiative connait un véritable succès. Rencontre avec une écolo plus stylée que les autres.

 

Radio VL : Comment t’es-tu lancée dans cette aventure ? D’où t’es venue l’idée de créer des chaussures véganes en pleine année de cours à Sciences Po Bordeaux ?  

Marie Viard-Klein : Je cherchais désespérément de jolies chaussures qui ne soient pas d’origine animale. Je me suis intéressée aux marques véganes car je ne voulais pas de synthétique de mauvaise qualité. Mais impossible de trouver chaussure à mon pied ! A mon avis, il devait y avoir une véritable attente : je ne suis pas la seule à ne pas vouloir porter du cuir et aimer la mode !

« Mon but est qu’une personne achète des chaussures véganes simplement parce qu’elles lui plaisent. »

Chaussures

Chaussures : Mistral camel / Photo D. R.

J’ai pu exploiter cette idée lors de mon master à Sciences Po. Je devais faire un stage pour valider mon double diplôme marketing avec l’école de management de l’IAE. Sauf que j’avais déjà travaillé dans la lingerie lors de mon année de césure. Je n’avais aucune envie de faire un énième stage. A la place, je voulais lancer ma propre boîte. Grâce au statut d’étudiant entrepreneur, j’ai pu créer mon projet. Je sentais que c’était le bon moment. Si je ne me lançais pas, un autre entrepreneur me devancerait.

VL : Depuis quand es-tu végane et pourquoi ?

Marie : Depuis deux ans et demi. Mon chemin vers le véganisme s’est fait par étapes. Végétarienne, végétalienne et enfin végan. L’élément déclencheur : j’ai vu un cochon entier cuire sur une broche. Ça m’a coupée net ! Au début, je trouvais le régime végétarien suffisant puis j’ai réalisé que la fabrication laitière est encore plus atroce que l’industrie de la viande.

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Chaussures : Virevolte camel Photo : D. R.

VL : Cherches-tu à combattre les clichés associés au véganisme ? Des chaussures moches uniquement destinées aux bobos qui peuvent y mettre le prix et qui ne durent pas longtemps ?

Marie : Faire tomber ce cliché de végan vert hippie qui n’a pas de goût en matière de mode, c’est mon objectif. Sur les marques véganes labellisées, les clients se plaignent de l’esthétique. Mais elles sont de bonne qualité et à des prix raisonnables. Si une marque classique commercialise des chaussures sans cuir, elle cherche simplement à baisser les coûts. D’où cette mauvaise réputation. De mon côté, je ne me voyais pas dire : sauvons les animaux et allons exploiter les travailleurs chinois. L’éthique est l’une des valeurs fondamentales de ma marque.

« Cendrillon est la preuve qu’une paire de chaussures peut changer une vie ! Nous, on veut en changer plein. »

VL : Le nom de ta marque Minuit sur Terre est une référence à Cendrillon, peux-tu nous en dire plus ?

Marie : Cendrillon est la preuve qu’une paire de chaussures peut changer une vie ! Nous, on veut en changer plein. Et sans le mot végan, la marque peut plaire à tout le monde. L’idée principale : concevoir une marque normale. Le véganisme, c’est la petite touche en plus. Mes concurrents sont les marques traditionnelles. Mon but est qu’une personne achète des chaussures véganes simplement parce qu’elles lui plaisent. Le client végan est déjà acquis. Pour changer les choses et aller très loin, il faut réussir à convaincre ceux qui ne le sont pas.

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Chausures : Virevolte taupe / Photo : D. R.

« L’idée principale : concevoir une marque normale. Le véganisme, c’est la petite touche en plus. »

VL: Concernant ta stratégie marketing, d’où t’es venue l’idée de mettre en avant ton intimité, à travers ta chienne, Cannelle, et ta ville, Bordeaux ?

Marie : C’est venu naturellement. J’ai créé la page Facebook au début de mon aventure car je voulais utiliser le crowdfunding [financement participatif, appel à un grand nombre de personnes afin de financer un projet Ndlr.]. Et pour que ça marche, il faut fidéliser une base de fans. J’ai construit un véritable lien avec cette communauté en postant très vite les premiers croquis et photos. La page Facebook est très dynamique car certains me suivent depuis le début.

J’ai voulu partager mon univers avec mes fans. Ils suivent avec attention cette petite boîte qui vient de se créer à Bordeaux. Ce n’est pas une multinationale située à l’autre bout du monde. Ils s’attachent à ma chienne Cannelle, devenue ma mascotte. Cette proximité est un véritable besoin. Résultat de cette com’ : le crowdfunding m’a rapporté près de 40 000 €, soit environ 320 paires de chaussures.

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Chaussures : Virevolte taupe / Photo : D. R.

« Le blog sert à dédramatiser le véganisme. »

VL : Décris-nous l’importance des réseaux sociaux pour promouvoir ta marque. Est-ce désormais incontournable pour les entrepreneurs inconnus avec des idées mais sans financement ?

Marie : Les réseaux sociaux sont indispensables ! C’est le meilleur moyen pour se faire connaitre gratuitement. J’ai diffusé ma page dans les groupes végans déjà existants sur Facebook. Je cherche maintenant à développer Instagram. Enfin, le blog sert à dédramatiser le véganisme. Je ne tape pas sur les gens parce qu’ils mangent de la viande. Vous ne trouverez pas de vidéos horribles sur le traitement des animaux ! J’estime que le discours culpabilisant est violent et sectaire. En un mot, contre-productif.

Pour attirer les curieux, j’essaie plutôt d’informer et de proposer des alternatives sympas à la viande. Par exemple, un internaute m’a demandé où trouver de jolis sacs végans, je lui ai répondu par un article. C’est là que je fais vraiment la différence. J’emploie une démarche pédagogique pour présenter le véganisme comme un engagement agréable plutôt qu’une contrainte.

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Chaussures : Icone noir / Photo : D. R.

VL : Comment envisages-tu l’avenir de ta marque ?

Marie : Je propose une collection tous les trois mois. Je réfléchis à des chaussures pour hommes en réponse à une forte demande. Et pourquoi pas des sacs ?

« Il faut oser se lancer. Investis-toi à fond immédiatement car demain, il sera déjà trop tard. »

VL : Que dirais-tu à un jeune qui souhaite se lancer dans l’entreprenariat, quels sont les points positifs et difficultés que tu rencontres au quotidien ?

Marie : Tout d’abord, il faut oser se lancer. Investis-toi à fond immédiatement car demain, il sera déjà trop tard. J’ai discuté de mon projet avec mes proches avants même de le finaliser.  J’ai reçu le formidable soutien de ma famille. Ma sœur est plus douée en dessin et à 15 ans, elle crée les modèles que j’imagine. Je recommande de tester le produit auprès du client pour estimer ton succès. En tant qu’autoentrepreneur, tu devras aussi être polyvalent. Com’, dessin, web, j’ai tout testé ! Et un conseil, commence avec un petit budget.

La principale difficulté : le temps investi. N’imagine pas prendre de vacances ou de week-end au lancement ! Mais les côtés avantageux prennent le dessus. Je peux bosser d’où je veux, c’est une grande liberté. Ce projet me passionne donc je n’ai même pas l’impression de travailler. Sauf quand il faut faire de la comptabilité… Et je peux emmener le chien au bureau !

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Chaussures : Virevolte camel, Mistral camel, Utopie camel / Photo : D. R.