Missions, un thriller spatial. Voilà le nouveau pari des producteurs de Lazy Company et Les grands.
Est-ce que la mise en orbite a réussi ?

C’est quoi Missions ? Le premier à avoir monté une mission est européen, William Meyer. Il a réuni les meilleurs astronautes et scientifiques français, italiens et allemands. Après 10 mois de voyage, la veille d’atterrir sur la planète rouge, ils découvrent que leurs concurrents américains se sont déjà posés mais et ne donnent plus aucun signe de vie. Après un atterrissage catastrophique, ils découvrent qu’il ne reste que des débris du vaisseau américain… et un rescapé. Seulement, l’homme n’a jamais fait partie de cette mission. Il s’appelle Vladimir Komarov, il est russe. C’est le premier homme à avoir perdu la vie dans l’espace… en 1967 !


Ils sont fous ces Français ! 

Il est des totems sacrés. Intouchables car tellement encrés dans d’autres cultures télévisuelles ou pas d’ailleurs. Le western par exemple (OCS l’a fait avec Templeton) et la SF si importants dans la fiction américaine.
Dans un pays qui ne jure en fiction que par « le réalisme », imaginer des voyages en dehors de notre planète via la fiction télé semble relever de la pure folie. Mais comme le disait Oscar Wilde, « il faut viser la Lune car avec un peu de chance, on atterrit dans les étoiles« . Et c’est le cas ici.
La chance est aux côtés l’équipe de la série Missions. En s’attaquant à de la SF, la folle mais brillante équipe d’Empreinte Digitale a vu des rêves de grandeur devenir réalité avec cette fiction d’un genre nouveau non seulement pour OCS mais également pour notre fiction française en général.
D’ores et déjà assurée d’avoir au moins deux saisons, Missions ouvre la voie (on l’espère) à des séries hors du champs de la comédie sur OCS, à des horizons nouveaux comme thèmes de départ … et le pari se révèle déjà totalement réussi.

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Un haletant thriller martien 

Bien plus qu’une simple série de science fiction, Missions est avant tout un thriller sur Mars dont les influences lorgnent du côté de Alien pour la tension (l’héroïne de la série n’est-elle pas « le 8ème passager…). L’intrigue se déroule petit à petit et ne ménage aucun effets de surprises, chaque épisode apportant son lot de révélations. La mythologie se densifie et se complexifie mais n’oublie jamais d’apporter son lot de réponses. A mesure que la saison avance, la SF côtoie une certaine forme de mythologie et nous interroge sur notre propre existence. Les petites imperfections du premier épisode, tant du côté de la technique que du jeu, se font rapidement oublier pour laisser place à un récit dense, intense et captivant, servi par un casting auquel on s’attache rapidement.
Le point faible de la série s’il fallait en trouver un serait précisément ce qui en fait aussi sa spécificité : son format. Difficile de faire rentrer dans 10 épisodes de 26 minutes une intrigue aussi complexe sans prendre des raccourcis et « accélérer » la narration. On a donc parfois plus la sensation sur cette saison d’un film découpé en épisodes que d’une série (notamment sur certains personnages dont on aimerait clairement en savoir plus). Mais c’est vraiment histoire de pinailler car Missions est une vraie réussite qui montre déjà en saison 1 tout son potentiel et son récit dans les épisodes à venir ne pourrait qu’être plus passionnant.

Les points forts de la série 

1/ Une équipe créative remontée. Empreintes digitales n’en est qu’à ses débuts mais comme dit la pub « elle a tout d’une grande« . Sachant s’emparer de thématiques fortes, elle défriche de nouveaux univers pour notre fiction. Peu importe si parfois elle peut ou pourra se rater (selon les ressentis de chacun), elle avance, trace sa route et ça fait du bien. Et puisqu’on est dans l’espace, on leur dédicace cette célèbre intro d’une série : « explorer de nouveaux mondes étranges … et au mépris du danger avancer vers l’inconnu…« . Et pour ça, il faut s’entourer de talents à l’écriture, à la réalisation et à tous les postes pour donner vie à des univers originaux.
Mention spéciale à la musique de la série, envoûtante au possible et au générique sublime.

2/ Une chaîne qui ose. Avoir des idées c’est bien, mais une chaîne pour les porter c’est quand même mieux. En sortant de sa « zone de confort », OCS prend un pari (limité car non assujettie aux audiences) qui est de se lancer sur un autre terrain que la comédie qui lui a portée chance. La transition avait commencé avec Les Grands qui n’était pas de la comédie pure, un nouveau pas est franchit aujourd’hui. On saura lors de la diffusion si c’est payant.

3/ Des héros porteurs. La force des séries d’Empreinte Digitale a été de proposer des séries chorales. Une nouvelle fois le cas ici même si on peut distinguer une héroïne parfaitement incarnée par Hélène Viviès. Il faudra en saison 2 accentuer sur la présentation des autres personnages pour lesquels il nous manque un peu de matière. Mais il y a de très jolies scènes entre Jeanne et son père, ou encore concernant Kamarov.

Missions était un pari risqué sur le papier et il est réussi en saison 1.
L’équipe de la série est parvenue à s’adapter aux contraintes liées au genre et à les transformer en force. La saison 1 s’achève sur des pistes multiples mais il est bien difficile de dire dans quelle direction partira la série. En tout cas, cette saison 1 est très culottée, la série tente des choses et on peut être convaincu que ces choix ne manqueront pas de diviser.