Après les propos polémiques de Nicolas Sarkozy critiquant le temps de travail des enseignants sur France Inter, le mouvement des « 800 000 feignasses » s’est constitué sur un groupe Facebook fermé pour lutter contre ce genre de contre-vérités. Il compte, en à peine un mois, plus de 17 000 professeurs membres et a déjà débouché sur un blog regroupant de nombreux témoignages.

« Un agrégé, c’est quinze heures d’obligation de service par semaine six mois de l’année. Un certifié, c’est 18 heures d’obligation de service par semaine six mois de l’année. Et un professeur des écoles des écoles, c’est 24 heures d’obligation de service six mois de l’année. Il faut absolument augmenter de 20 à 25% la durée de présence des enseignants dans les établissements scolaires. » C’est par ces mots que Nicolas Sarkozy a déclenché la colère des enseignants, le 18 octobre dernier, sur France Inter.

C’était le reproche de trop pour beaucoup de professeurs derrière leur poste de radio qui ont décidé de réagir. « Leur premier message a été d’inciter à la publication de messages sur le mur Facebook de la campagne de Nicolas Sarkozy. Puis, ils ont créé ce groupe Facebook des 800 000 feignasses qui a ramené beaucoup de monde très rapidement », explique à Radio VL, Mathieu Nicolas, 27 ans, coadministrateur du groupe Facebook qu’il a rejoint après sa création.

Stop aux « caricatures » sur les enseignants !      

A travers ce groupe, les professeurs témoignent des galères de leur quotidien, du travail qu’ils ont à réaliser en dehors de leurs heures de classe (préparation des cours, correction des copies, rencontre des parents d’élèves, réunion de travail…) et tentent de s’entraider. « Nous avons l’impression de travailler sans être reconnu, sans être considéré comme des gens qui bossent réellement. », déclare avec dépit Mathieu Nicolas, professeur de mathématiques et de sciences en lycée professionnel. Loin des 18 heures hebdomadaires la moitié de l’année, Mathieu Nicolas estime plutôt ses semaines de travail dans le secondaire à 40 heures. « Pour chaque heure de cours on peut compter une heure de travail à côté que ce soit en préparation, en correction ou en réflexion à posteriori. Ce nombre d’heures n’est pas fixé comme des heures de bureaux mais il faut les faire » estime-t-il. « Une journée de professeur classique ne commence pas le matin mais la veille ou dans les jours précédents parce que ce qui va se passer dans la journée a été préparé, pensé et réfléchi en amont ».

En dehors des partis politiques et du combat syndical

Pour être rejoint par le maximum de professeurs et convaincre le plus d’internautes possibles, le mouvement des « 800 000 feignasses » ne veut pas être récupéré ou instrumentalisé par un parti politique ou un syndicat. « A partir du moment où on a une couleur politique, forcément nos propos sont nécessairement orientés et interprétés dans un sens ou dans un autre. Si on passe par un syndicat, ça revient à porter les valeurs du syndicat », confie Mathieu Nicolas. Loin d’être dans un combat contre l’ancien président de la République, les membres du mouvement se battent pour la reconnaissance de leur métier de plus en plus dévoyé par le personnel politique, certains parents et élèves. « On ne veut pas s’afficher ostensiblement contre Nicolas Sarkozy. On a envie de se poser en alternative à ce combat-là », affirme Mathieu Nicolas.

Des projets mis en place et à venir

L’action la plus marquante des membres de ce groupe Facebook a été de créer, en à peine trois jours, un blog permettant aux enseignants de témoigner sur leur quotidien à travers des anecdotes aussi drôles que sérieuses. « On veut réinformer le grand public sur notre métier grâce à cet outil de communication » précise Mathieu Nicolas.

message 800 000 feignasses

Témoignage sur le blog du mouvement des 800 000 feignasses

Loin de s’arrêter-là, les « 800 000 feignasses », comme ils se nomment, réfléchissent à publier un livre en avril 2017 juste avant l’élection présidentielle. « On a une possibilité avec un éditeur. On est en train de réfléchir au contenu. Il y a des chances que ça tourne en partie à la proposition politique mais on se cherche encore un peu. C’est trop frais et pas encore assez précis pour pouvoir vraiment en parler », explique Mathieu Nicolas. Réponse donc en 2017 et d’ici là si vous voulez en savoir plus sur ce mouvement, vous pouvez vous rendre sur leur blog et leur page Facebook.