Réunion des quatre justiciers de New York, The Defenders couronne le premier cycle de la collaboration entre Marvel et Netflix… non sans essuyer quelques plâtres.

C’est quoi The Defenders ? Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist ayant chacun eu droit à leurs aventures respectives, il était temps qu’ils se rencontrent. En bon crossover, The Defenders se propose de poursuivre les pistes disséminées au gré des cinq saisons qui ont occupé les fans ces deux dernières années. Hanté par sa rupture avec Karen et la mort d’Elektra, Matt Murdock a raccroché les gants et poursuit à contrecœur sa carrière d’avocat au pro bono. Fraîchement sorti de prison Luke retrouve Claire, tandis que Jessica poursuit ses enquêtes entre deux gueules de bois. Après avoir défait Kabuto, général de la Main, Danny Rand poursuit la secte japonaise au Cambodge aux côtés de son amie Coleen Wing. Alors qu’un mystérieux ennemi les met en déroute, leur indic leur annonce que la guerre contre la Main n’aura pas lieu en Asie mais bel et bien à New York… Touchés mais pas coulés, les guerriers de l’ombre poursuivent en effet leurs recherches sous terre pour récupérer le pouvoir de l’immortalité. Des recherches qui vont se trouver accélérées, quitte à causer un tremblement de terre en plein Manhattan.

Le choc des anti-héros

La première surprise peut-être, c’est de voir Danny Rand prendre les rênes du groupe là où Daredevil semblait s’imposer comme la valeur sûre du quatuor. Le combat séculaire entre la Main et les Chastes, qui servait de fil conducteur aux séries Marvel / Netflix, devrait trouver sa conclusion dans ce choc des anti-héros. On ne s’en plaindra pas, dans la mesure où tout dans la saison 2 de Daredevil indiquait déjà une confrontation imminente avec les ninjas de l’ombre. Néanmoins, The Defenders part avec un handicap de taille : après l’accueil critique désastreux réservé à Iron Fist, il fallait donner un second souffle au personnage. Alors que la rencontre entre les univers aurait pu suffire à rappeler les enjeux portés par chacun, plusieurs scènes explicatives se chargeront donc de réintroduire le background du défenseur de K’un Lun. Des détours salutaires, mais qui pèsent sur le rythme d’une série qui met quand même pas mal de temps à démarrer.

Il faut dire que The Defenders prend ses personnages à contre-pied dans leur évolution personnelle. Las de tenter le diable, Matt défend les opprimés à la barre. Jessica s’est débarrassée de Kilgrave. Luke aspire à refaire sa vie. Partant de là, il n’y a guère que Danny Rand pour porter le scénario et provoquer la collision entre les univers. On ne remet pas en cause l’investissement de Finn Jones, mais l’écriture de son personnage ne flatte pas vraiment le charisme de celui qu’on nous présente comme le futur leader du groupe. Il faudra attendre un premier face-à-face verbal avec Luke Cage pour que Danny soit mis face à ses contradictions et prenne un peu d’épaisseur. L’alchimie entre Jessica et Luke opère déjà, tandis qu’on découvre un Daredevil pour le moins taciturne… L’introduction ne sera bouclée qu’au détour d’un dîner à la table d’un restaurant chinois, en miroir inversé du gueuleton de Stark et cie. au shawarma du coin à la fin d’Avengers. Une astuce narrative sympathique, mais qui intervient bien trop tard : la rencontre n’aura lieu qu’à l’épisode 4 (!), là où Joss Whedon avait su user de la grammaire du montage pour réintroduire un casting au moins aussi dense en une petite heure. La guerre est là, mais nos anti-héros n’y vont qu’à reculons.

The Defenders

Torpeur sur la ville

The Defenders : Illustration de Joe QuesadaSur le plan de l’action, Marvel n’a pas réellement cassé sa tirelire pour ces quatre premiers épisodes. Il faut dire que The Defenders ne part pas avec les mêmes ambitions que les crossovers de supers au cinéma. Restant fidèle à la veine réaliste installée par les 4 séries précédentes, Douglas Petrie et Marco Ramirez ont privilégié une approche terre-à-terre, où chaque affrontement est confiné dans des décors déjà connus. Ruelles, couloirs, entrepôts, The Defenders suit peut-être un peu trop scolairement les canons posés jusqu’ici. On garde néanmoins une certaine envie de chorégraphie, notamment dans le – trop court – plan-séquence lors duquel les personnages unissent leurs forces pour la première fois. La caméra reste nettement plus à l’aise avec Daredevil, rien d’étonnant quand on sait que les équipes techniques ont pu explorer son style de combat sur deux saisons.

Le cadre, justement, peine à trouver son identité. Quatre héros, quatre couleurs : rouge, bleu, jaune, vert – auxquels s’ajoutent le blanc pour Alexandra et le noir pour Black Sky. Dès le générique le code est installé, et sera repris dès que l’occasion se présentera. Chaque personnage apporte donc l’étalonnage et les tics de réalisation de sa série d’origine au risque de parfois perdre le spectateur. On aurait presque cru regarder quatre séries différentes, si les couleurs ne finissaient pas par se mélanger dans l’enseigne du restaurant chinois où le groupe se constitue. Intention de réalisation ou facilité, on vous laisse trancher…

The Defenders : Alexandra ReidAlors que tout semblait pointer dans la direction de Madame Gao pour occuper le rôle de grande méchante, Marvel Television a adopté un biais différent. Au lieu de puiser dans l’abondant catalogue des comics, les showrunners ont préféré créer un méchant inédit en la personne d’Alexandra Reid. Même si l’interprétation placide de Sigourney Weaver lui donne une présence certaine, ses motivations restent hélas assez maigres : bien loin des conspirations d’un Wilson Fisk dont elle semble avoir pris la place, Alexandra se sait malade et veut tout simplement obtenir… l’immortalité. L’enjeu posé, on peine à distinguer la direction que pourrait prendre le personnage. Celle qu’on surnomme la reine de la SF a pourtant assuré en interview qu’Alexandra n’était « pas la méchante » de ce crossover. Gageons que Marvel saura nous surprendre dans une seconde moitié plus riche en réponses, notamment quant à la résurgence de ce mystérieux « Black Sky » que la Main cherche tant à contrôler…

Cette gestion superficielle des enjeux se fait d’ailleurs sentir dans le cadre où évoluent les personnages. Signe annonciateur d’une guerre inévitable, le tremblement de terre qui ébranle New York dans le premier épisode n’aura qu’une incidence limitée : outre une scène pas vraiment spectaculaire et un gag avec Trish Walker les dégâts sont quasiment invisibles, ce qui ôte toute sensation d’urgence et de gravité. Quand on sait que des séries comme Flashforward ou Designated Survivor ont su représenter des catastrophes urbaines de manière intelligente, on regrette que la Maison des Idées ne s’en soit pas donné les moyens.

Si l’on devait donner un avis sur cette première moitié de saison, The Defenders propose un crossover plaisant mais qui n’arrive pas à se hisser à la hauteur des enjeux que pourraient porter ses personnages. Tant sur la forme que sur le fond, la série s’inscrit dans la formule qui a fait le succès des précédentes, à défaut d’intégrer ce grain de folie qui pourrait la faire décoller. Partant de là l’accueil dépendra largement des attentes des fans, qu’on devine autrement plus impatients à l’idée de retrouver Daredevil pour une saison 3.

Visuels : Marvel Entertainment, Netflix