Dans sa saison 3, Narcos poursuit sa guerre contre les narcotrafiquants. Sans Pablo Escobar, mais avec le cartel de Cali.

C’est quoi, Narcos (saison 3)? Malgré la mort de Pablo Escobar (Wagner Moura), leader du cartel de Medellín, la drogue n’a pas cessé de circuler entre la Colombie et les États-Unis. La guerre menée par l’agent Peña (Pedro Pascal) contre les narcotrafiquants n’aura servi à rien : le trafic est désormais contrôlé par le redoutable cartel de Cali, dirigé par 4 parrains. Les frères Gilberto et Miguel Rodriguez Orejuela (Damián Alcázar et Francisco Denis), Chepe Santacruz Londoño (Pepe Rapazote) et Pacho Herrera (Alberto Amman) gèrent un véritable empire de la cocaïne. A Bogotá, Peña est toujours à la tête de l’équipe chargée de faire tomber les nouveaux barons. Mais ses nouveaux ennemis sont d’une autre trempe…

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Très attendue, la saison 3 de Narcos a été lancée sur Netflix le 1er Septembre dernier ; comme de coutume, tous les épisodes sont d’ores-et-déjà disponibles sur la plate forme. Avec une différence majeure par rapport aux deux saisons précédentes : l’absence de Pablo Escobar.  Après la fin sanglante du célèbre narcotrafiquant, les autorités doivent affronter un nouvel ennemi : le Cartel de Cali.

Narcos saison 3 : un autre cartel, une autre guerre

Oui, mais le guerre a changé de nature. Escobar, le modeste paysan devenu une monstre égocentrique et sanguinaire, a cédé la place à des hommes d’affaires pragmatiques ; la guérilla sanglante s’est mutée en une bataille plus politique, conduite dans les obscurs couloirs des lieux de pouvoir. Cette saison 3 s’étend donc davantage sur le travail d’enquête et sur l’aspect financier des investigations, délaissant quelque peu les scènes d’actions et de violence. Rassurez-vous, elles sont néanmoins présentes (par exemple celle où la DEA manque de capturer Miguel Rodríguez Orejuela, planqué dans une cache de son appartement.) Mais à la guerre explicite menée dans les rues de Medellín, fusils mitrailleurs au poing, succède une traque larvée plus subtile.

Follow the money…

 

Javier Peña lui-même a changé. Désormais protagoniste principal, il endosse le rôle du narrateur jusqu’ici dévolu à son ancien acolyte, mais les événements des saisons précédentes ne l’ont pas laissé intact. Il a vu mourir plusieurs de ses proches et il est marqué par la compromission morale qui l’a conduit à s’allier aux tueurs de los Pepes et au cartel de Cali pour faire tomber Escobar. C’est donc un Peña intransigeant mais toujours aussi déterminé, flanqué de nouveaux collaborateurs, qui entend poursuivre son combat. De nouveaux personnages viennent également s’ajouter à l’intrigue, l’enrichissant considérablement. En premier lieu les frères Rodriguez Orejuela, Jorge Salcedo (le chef de la sécurité du cartel -Matias Valera), ou encore leur comptable et son épouse (Miguel Angel Silvestre – Sense8 – et Kerry Bishe – Halt and Catch Fire)

Parmi ces nouveaux visages, certains n’en sont pas vraiment : les frères Rodriguez sont déjà apparus à la fin de la saison 2. A la tête du cartel de Cali, ils prennent une autre dimension, ravalant Escobar au rang de patron de PME quand leur organisation est une multinationale. Moins célèbres, ils ont pourtant construit un empire bien plus riche et puissant, étendant leur emprise jusqu’à New York, avec un chiffre d’affaires de 50 000 dollars… à la minute. Ces nouveaux rois de la cocaïne sont beaucoup plus prudents et retors, préférant rester dans l’ombre et s’assurer la protection des autorités à coup de dollars. Sans toutefois négliger de sceller le sort de leurs rivaux dans des effusions de sang dignes de celles auxquelles Narcos nous a habitués…Intouchables, ils passent pour des hommes d’affaire respectables – ce qui se se traduit notamment à l’écran par une photographie plus lisse, moins « sale » que dans les saisons précédentes.

Les frères Rodriguez Orejuela : bienvenidos a Cali

 

Narcos, sans Escobar mais dans son ombre

Il a toujours été clair que Narcos n’a pas été pensée comme une série sur Escobar, mais comme l’histoire du trafic de cocaïne sur le continent américain. Son succès reposait pourtant principalement sur Escobar, criminel et assassin devenu, aussi étonnant que cela paraisse, une sorte de héros populaire nimbé d’une aura de légende. La grande question était de savoir si Narcos parviendrait à se montrer toujours aussi efficace en son absence. Or, pour quelqu’un qui n’apparaît pas dans cette saison 3, on parle beaucoup d’Escobar – ici, mais aussi à l’écran, Peña y faisant très souvent référence. Incontestablement, son ombre plane sur la série : l’absence du formidable Walter Moura se fait sentir, aucun de ses successeurs n’ayant la même présence ou le même charisme, et les personnages moins approfondis manquent d’épaisseur.  (A l’exception peut-être de Salcedo, le chef de la sécurité déjà mentionné).

Pour autant, Narcos parvient à développer une nouvelle approche. Si l’intrigue, n’étant plus centrée sur un seul antagoniste, apparaît parfois plus diffuse et moins bien articulée, elle est aussi plus ambitieuse et plus sophistiquée. En soulignant davantage la corruption et les conflits juridiques et diplomatiques auxquels se heurtent ceux qui unissent leurs forces pour lutter contre les barons de la drogue, Narcos tente de se réinventer. Et en misant sur cette orientation plus subtile, elle y parvient – malgré quelques faiblesses.  A la fois légèrement différente et fidèle à elle-même, Narcos relève le défi et prouve qu’il y a bien une vie après Escobar.

Avec son titre, la série a toujours annoncé la couleur : Narcos, ce n’est pas Escobar. Ou pas seulement. Encore fallait-il survivre au célèbre baron de la drogue sur qui elle s’était concentrée jusqu’à lors. C’est chose faite :  la série suit l’évolution des cartels traqués par ses héros et se révèle plus subtile lorsqu’elle se focalise sur l’enquête financière et la corruption politique au plus haut niveau. Sans pour autant exclure les scènes de tensions, de violence et d’actions qui ont ravi les fans des deux premières saisons. Du reste, on peut s’attendre à ce qu’elles soient omniprésentes en saison 4, amorcée dans le final : direction le Mexique, avec en ligne de mire le terrible cartel de Juarez. Car oui : il y a une vie après Escobar – pour Narcos, mais aussi pour les cartels.

Narcos (Netflix)

Saison 3 – 10 épisodes