Par Boris Ehrgott.

Aux premiers jours des rencontres entre le gouvernement et les syndicats sur le projet de loi Travail, le Secrétaire général de la centrale syndicale fait face aux “Enfants de la Politique”, premier talk show politique pour et par les jeunes, avec VL (1er média jeune de France) et le HuffPost.

La CGT est souvent dépeinte comme une force d’opposition systématique à la moindre esquisse de proposition de réforme présentée par un gouvernement, quel qu’il soit. Sa seule arme serait le blocage et l’appel à la grève générale. Philippe Martinez s’en défend. Et selon lui, les “journalistes” contribuent très largement à faire des “cégétistes” les hérauts de la contestation. Si le Secrétaire général de la CGT considère l’équipe Macron comme un “gouvernement de communication”, il reconnaît volontiers que l’organisation qu’il dirige souffre quant à elle d’une communication mal adaptée à son temps.

Philippe Martinez n’abandonne pas pour autant les travers qui nuisent à l’image de la centrale syndicale: les postures automatiques qui accompagnent le syndicat français depuis plus de 120 ans (la CGT est née la même année que le cinéma…). Inlassable contempteur du patronat, la CGT voit en Emmanuel Macron un pur produit de la sphère bancaire et de l’élite du grand capital. Entre les ors élyséens et les néons de chez Tati, Philippe Martinez a fait son choix.

Contrairement à FO et la CFDT, la CGT reste très dubitative sur la nomination de Muriel Pénicaud au ministère du Travail. Celle qui a pourtant fait ses armes au cabinet de Martine Aubry dans le gouvernement Jospin est, aux yeux de la CGT, celle qui veut mettre au pas les salariés. La ministre, qui déclare que l’actuel code du travail “n’est fait que pour embêter 95% des entreprises” devra trouver d’autres arguments pour convaincre Philippe Martinez et ses troupes.

Aux yeux de Philippe Martinez, il ne faut pas sacrifier le travail sur l’autel de la précarité… autrement dit, mieux vaut pas de travail du tout qu’un travail précaire. Une stagiaire de la rédaction du HuffPost lui pose la question sur son avenir immédiat sur le marché du travail, un seul argument semble lui donner lieu de réponse: un CDI ou rien!

Si la réforme du Code du Travail n’est pas la solution pour lutter contre le chômage, quelle est-elle?

Séisme dans le paysage syndical: la CFDT est devenue la première organisation syndicale, détrônant la CGT. Le Haut conseil du dialogue social a rendu publique la mesure de la représentativité syndicale établie désormais tous les quatre ans. Le phénomène syndical se heurte en France à une contradiction: des centrales syndicales trop nombreuses et une représentativité assise sur trop peu d’adhésions. Le faible taux de syndicalisme en France pose inéluctablement la question du financement des syndicats. Une large part de financement public que beaucoup dénoncent comme une anormalité. Philippe Martinez s’explique sur cette particularité française.

Démarrer le tour de France avec l’étape de l’Alpe d’Huez… c’est un peu ce qui attend Emmanuel Macron et sa fraîche équipe avec le débat sur le projet de loi dite “Travail”. Les syndicats, farouches adversaires de la loi portée par la ministre du Travail de François Hollande Myriam El Khomri l’an dernier (1), sont déterminés à s’opposer à la réforme du Code du travail par ordonnances, tel que l’a prévu le jeune président de la République. La CGT appelle d’ores et déjà à « une journée d’action et de grève dans toutes les entreprises et services » le 12 septembre prochain. Le syndicat, consulté comme les autres par l’exécutif, dénonce un « dialogue social pipé d’avance ». Mais il refuse « d’entendre dire fin septembre que les ordonnances (…) auraient été co-élaborées » sous prétexte qu’une concertation a été engagée avec les partenaires sociaux par le ministère du Travail. L’extension du CDI de chantier à d’autres secteurs et « la possibilité de licencier des salariés qui refuseraient d’adapter leur contrat de travail à un accord d’entreprise, même minoritaire », font partie des dispositions auxquelles la CGT est opposée.

Compte-tenu de la majorité confortable dont dispose La République en Marche au Palais Bourbon, le gouvernement d’Edouard Philippe devrait facilement obtenir le feu vert du Parlement pour faire passer ses ordonnances. Parmi les réformes qui hérissent les syndicats: la « place centrale » dévolue aux accords d’entreprise, l’extension des « CDI de projet », la fusion des instances représentatives du personnel et la barémisation des dommages et intérêts aux prud’hommes en cas de licenciement abusif.

En parallèle, le gouvernement va poursuivre sa longue série de concertations avec les partenaires sociaux; pas moins de 48 réunions sont programmées. Pour Philippe Martinez ce projet est « pire que la précédente » loi Travail… La rentrée sociale promet d’être mouvementée.

(1) loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels