Sans surprise, Pierre Gattaz a été élu hier président du Medef, à l’issue du vote de l’assemblée générale de l’organisation patronale. Le patron de l’entreprise Radiall succède à Laurence Parisot. Les défis qui se présentent à lui s’annoncent complexes.

Pierre Gattaz est donc le nouveau patron des patrons ! A 53 ans, le président du directoire de Radiall, société de fabrication d’équipements électroniques, prend la succession de Laurence Parisot , qui avait été mise en échec fin mars dans sa volonté de reformer les statuts du Medef afin d’effectuer un troisième mandat.

Ralliement de ses principaux adversaires

Pierre Gattaz a rassemblé 95% des voix face à son seul adversaire, Hervé Lambel, dirigeant de HLDC, société de production cinématographique et de spectacles vivants. Sa victoire était attendue après le ralliement le 13 juin de ses deux principaux rivaux, Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Bernasconi. En retour, Pierre Gattaz leur a attribué un portefeuille au sein de l’organisation patronale. Le premier, patron de Virgin Mobile, sera en charge de la fiscalité, tandis que le second, de la Fédération des travaux publics, s’occupera  du pôle territoires.

Fils de président d’organisation patronale

Pierre Gattaz est le fils d’Yvon Gattaz, ancien président du CNPF (Conseil national du patronat français), ancêtre du Medef. Après des études à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Bretagne et un diplôme de management à l’université George Washington, aux Etats-Unis, Pierre Gattaz rejoint Dassault en 1984, comme ingénieur d’affaires puis en tant chef de projet export. Il quitte l’entreprise en 1989, et devient, cinq ans plus tard, patron de Radiall, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. En 2011, il devient membre du bureau de l’UIMM, une des principales fédérations du Medef, et remporte, en avril dernier, la primaire organisée par cette branche, ce qui conduit à sa désignation comme candidat pour la présidence du Medef.

Un homme de terrain

Durant toute la campagne pour l’élection à la tête de l’organisation patronale, Pierre Gattaz a adopté un discours très proche des entrepreneurs de terrain. «Oui, je crois à la réforme par la négociation sociale» mais  avec une «priorité au terrain», a-t-il répété après son élection. Il a également insisté sur son objectif premier: l’emploi, assurant vouloir «faire baisser le chômage en-dessous des 7%»d’ici 2020 et demandant que les 35 heures soient « adaptées ». Sur le plan fiscal, il prône une baisse de 100 milliards d’euros des charges pesant sur les entreprises via une réduction de la dépense publique. « Nous n’accepterons plus de hausse des prélèvements obligatoires, ni de hausse de taxes ou d’impôts qui pèsent sur nos activités. On n’en peut plus», a-t-il déclaré.

Quelle présidence ?

Reste à savoir quel visage affichera Pierre Gattaz durant son mandat : celui d’un homme très libéral sur le plan économique, marquant clairement son ancrage à droite, à l’image de son père, qui, dans les années 1980, avait fait pression sur le pouvoir socialiste pour qu’il revienne sur ses réformes (augmentation du salaire minimum, baisse du temps de travail, nationalisations) ; ou celui d’un dirigeant ouvert au dialogue et au compromis avec le gouvernement. S’il a beaucoup critiqué François Hollande, c’est malgré tout cette seconde image que le successeur de Laurence Parisot a voulu montrer durant toute la campagne pour son élection, affirmant que « les Français ont élu un président » et qu’il «souhaite travailler avec lui pour le pays». Il a notamment proposé un « pacte de confiance au gouvernement,  un engagement réciproque entre les entreprises, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics » pour réduire le chômage. Ce jeudi, Pierre Gattaz doit rencontrer Jean-Marc Ayrault, qui reçoit à Matignon syndicats et patronats afin de discuter de la réforme des retraites. Un rendez-vous aux allures de premier test.