Si on demande à n’importe qui dans la rue de nommer les choses dont ils ne pourraient pas se passer, leur téléphone serait sûrement au top de la liste. Parce que oui, vivre sans son portable n’est plus imaginable de nos jours. Mais qu’arrive-t-il vraiment à notre corps lorsqu’on passe toute la journée dessus ?

 

Vous avez déjà sûrement tous ressenti ce sentiment de panique lorsque vous avez fouillé dans votre poche et votre sac et que vous ne pouviez pas trouver votre portable. Ne feignez pas l’innocence, ça nous est déjà tous arrivé. Et le premier pas en cas d’addiction, c’est d’admettre qu’on en a une.

Aujourd’hui, rares sont ceux qui vivent sans smartphones. On s’en sert au travail, pour parler avec nos amis, lire l’actualité sur notre appli radio vl  

et même pour commander à manger. Vous lisez même probablement cet article sur votre téléphone ! Mais lorsqu’on reste toute la journée dessus, à terme, cela a des conséquences réelles sur notre corps.

 

Vue fatiguée

Entre les écrans de télé et d’ordinateur, on peut passer des heures entières à fixer un écran. Si on y rajoute en plus notre portable, il ne faudra pas s’étonner si nos yeux se fatiguent. En effet, Docteur Howard Purcell, un optométriste américain, s’est rendu compte que « l’usage prolongé d’appareils numériques peut fatiguer les yeux. Les symptômes peuvent inclure vision floue, du mal à se concentrer sur une seule chose, des yeux rouges, fatigués ou secs, et même des maux de tête ».

Cela est dû à la lumière bleue particulière que nos téléphones émettent, ce qui peut changer la façon dont nos pupilles réagissent ensuite à l’éclairage. Cela peut aussi causer une sensibilité à la lumière et une tension autour et derrière les yeux. De plus, être devant un écran qui émet cette lumière bleue avant de dormir interrompt la fabrication de la mélanine, censée nous endormir, et peut donc compromettre la qualité de notre sommeil. C’est pour cela qu’Apple a introduit le mode « Night Shift » récemment.

Docteur Purcell a aussi expliqué : « Les yeux sont un muscle comme les autres. On a six muscles qui font bouger chaque oeil, et un muscle qui le fait se concentrer. Un usage excessif peut entraîner la fatigue de l’oeil ».

Lorsqu’on prévoit d’utiliser son téléphone longtemps, il est donc conseillé d’appliquer la « règle des trois 20 » (20-20-20 rule). Le but est de faire une pause toutes les 20 minutes, pendant 20 secondes, et de regarder quelque chose qui se trouve à 20 pieds, donc à six mètres.

 

 

Douleur à la nuque

Dès qu’on utilise notre téléphone, sans même s’en rendre compte parfois, on se penche. Cela peut alors causer de vrais dégâts au cou et aux épaules. Un docteur naturopathe et l’auteur de « Unzip Your Genes », Jennifer Stagg, l’a expliqué : « trop utiliser son téléphone résulte en ce que les docteurs appellent « blessures dûes à l’usage excessif » (overuse injuries).

Un des problèmes principaux qu’elle soigne reste les douleurs à la nuque qui surviennent dès qu’on « se penche ou qu’on positionne notre tête inconfortablement pendant longtemps ». Ces blessures au cou résultant de l’usage du téléphone sont tellement communes que les docteurs lui ont donné son propre petit surnom : text neck (cou SMS).

Dans un article pour la Cleveland Clinic, Docteur Robert Bolash, a écrit : « les recherches montrent que pour chaque centimètre de plus où on penche notre tête, on double la charge sur ces muscles. Regarder son portable avec son menton baissé jusqu’à la poitrine peut ajouter 27 kilos de charge à assumer pour le cou. »

(vous venez sûrement d’ajuster votre tête pour vous tenir droit maintenant non ?)

 

 

Un niveau d’oxygène plus bas

En plus de cette douleur à la nuque et aux épaules, se pencher pour regarder son téléphone peut aussi causer un niveau plus faible d’oxygène qui arrive au cerveau. D’après la clinique de Cleveland, être affalé gêne les poumons lorsqu’ils gonflent, donc leur capacité est dégradée. Inspirer moins d’oxygène implique que notre coeur doit travailler plus pour envoyer plus de sang transportant de l’oxygène dans le corps et jusqu’au cerveau. Avoir moins d’oxygène dans le corps n’est pas vraiment conseillé donc mieux vaut être assis bien droit dorénavant.

 

 

Entorse au poignet

Si vous préférez envoyer des SMS plutôt que de parler au téléphone, cela peut dans certains cas causer des foulures ou des entorses au poignet lorsqu’on envoie des SMS à longueur de journée. Cela cause par exemple le développement du syndrome du canal carpien. Ameli le décrit comme : « les troubles liés à la compression du nerf médian lors de son passage dans le canal carpien, au niveau du poignet. » et celui-ci est favorisé par « la répétition de certains mouvements ou postures de la main ».

Ainsi, si on envoie beaucoup de SMS, notre poignet repète le même geste et, autre que le syndrome du canal carpien, cela peut aussi causer des foulures ou entorses au poignet. Les docteurs ont effectivement observé que les foulures résultaient souvent d’un usage excessif du téléphone.

Le docteur Marc Juvenspan, de l’Institut français de chirurgie de la main à Paris, avait ainsi observé que « beaucoup de patients jeunes ont aujourd’hui des tendinites des fléchisseurs des doigts avec une prédominance pour le pouce, qui se manifestent par des douleurs, voire des doigts bloqués en flexion ». Avant, ces pathologies concernaient surtout les personnes âgées de 40 à 60 ans mais désormais, elles touchent aussi les adolescents.

En plus des blessures au poignet, des docteurs ont aussi remarqué que certains patients qui passent trop de temps sur leur téléphone se sont plaint d’avoir mal au pouce, à force de l’utiliser pour taper des SMS. Ils peuvent alors éprouver de la douleur, de l’inconfort ou de l’engourdissement au pouce.

Les docteurs américains ont surnommé cette blessure »texting thumb ».

 

L’anxiété et la dépression

En plus des effets physiques, être accro à son téléphone peut avoir des conséquences sur notre santé mentale aussi. Etre constamment joignable veut dire qu’on ne peut jamais vraiment prendre de pause, c’est ce qui a causé l’invention du « droit la déconnexion ».

Mais même sans cela, si l’on passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, cela laisse moins de temps consacré à la vie réelle et il faut ensuite combler le temps perdu. De plus, en comparant ses activités à celles partagées sur les réseaux, certains en ressortent avec moins de confiance en eux et se mettent la pression de faire plus, toujours plus, ce qui cause de l’anxiété. On vérifie toutes les cinq minutes qu’on n’a pas reçu un message, que quelqu’un ne nous a pas tagué quelques parts, et on en devient parfois parano.

Cela peut aussi rendre triste ou nous faire sentir exclus. D’après des études de docteurs et de psychologues, certains basent leur estime de soi sur les likes qu’ils reçoivent, mais aussi sur ce que l’on pense de ce qu’ils ont fait. S’ils n’ont pas cette approbation, cela peut compromettre leur estime d’eux-même.

Docteur Hershenson a ainsi expliqué qu' »être derrière son téléphone nous permets de nous cacher derrière un écran et de présenter la vie que les autres veulent qu’on ait. On retrouve souvent des photos de vacances, d’activités amusantes, de corps retouchés… » Tout est fait pour montrer aux autres à quel point notre vie est fun, sans montrer le reste. « Cela mène ensuite à des comparaisons et certains en viennent à se demander comment certains peuvent être si heureux alors qu’eux sont en difficulté alors qu’on ne sait en fait jamais ce qui se passe vraiment dans la vie des autres ». On ne voit que ce qu’ils veulent nous montrer.

 

Troubles de l’attention et hallucinations

Etre addict à son portable peut aussi avoir des conséquences sur notre concentration. On est en effet beaucoup plus distraits.

Docteur Kersting a expliqué que « puisqu’une personne moyenne passe 9h par jour, sept jours par semaine à regarder des appareils, leurs cerveaux s’endommagent. Beaucoup d’adolescents par exemple, se font diagnostiqués de troubles déficitaires de l’attention, même si beaucoup d’entre eux ne sont pas atteints par la maladie neurologique. A la place, vu que leurs cerveaux sont très habitués à être stimulés, ils perdent leur capacité à se concentrer et à s’organiser lorsqu’ils doivent le faire. »

A lire aussi : L’Homme connecté, moins concentré qu’un poisson rouge.

Des études récentes ont aussi mis à jour le « phantom vibration syndrome » (le syndrome de la vibration fantôme). Vous ne voyez pas ce que c’est ? Avez-vous déjà pensé que votre téléphone avait vibré dans votre poche mais en le vérifiant, vous vous êtes aperçu que ce n’était pas le cas ? Vous être sûrs de l’avoir senti pourtant ! Eh bien, c’est ce phénomène d’hallucination de vibration de téléphone que les études ont nommé « syndrome de la vibration fantôme ». Et apparemment, il serait de plus en plus commun.

 

Etre accro à son téléphone peut donc avoir de sérieuses répercussions sur notre santé, autant physique que mentale. Alors mieux vaut s’accorder des temps de pause et décrocher de temps en temps.