Syanie Dalmat est journaliste à L’ÉQUIPE depuis 2012. Spécialiste reconnue de football féminin, elle a accepté d’évoquer pour RadioVL.fr la demi-finale du Championnat d’Europe de football, qui se déroulera ce soir à Enschede aux Pays-Bas, entre les Néerlandaises et les Anglaises. Round-up rapide.

« Syanie, ce Pays-Bas-Angleterre est un peu une finale avant la lettre, non ?

Syanie DalmatJe trouve que c’est une finale avant l’heure effectivement. Mais qui aurait vu ces deux sélections à ce niveau de la compétition, il y a un mois ? On voyait plus l’Allemagne, la Suède, la France… On va effectivement perdre une très bonne équipe, mais en effet, c’est une finale avant l’heure, avant la lettre entre le pays hôte et le troisième de la dernière Coupe du Monde.

Je suppose que tu as vu jouer les Néerlandaises plusieurs fois avant cette compétition, contre la France notamment. Tu les attendais à ce niveau ?

Syanie Dalmat : Elles ne m’avaient pas laissé une si bonne impression, lors de leurs derniers affrontements avec les Bleus, mais là depuis le début de cet Euro, je trouve qu’elles jouent super bien. J’avais échangé il y a quelques semaines, avec Jean-Louis Saez, l’entraîneur de Montpellier, où joue la défenseure batave Anouk Dekker. Il m’avait expliqué comment cette équipe évoluait dans un 4-3-3 très Ajax. C’est une équipe qui aime avoir le ballon, produire du jeu et qui a un trio offensif très performant, composé de Shanice Van de Sanden, Vivianne Miedema et Lieke Martens. Son milieu de terrain est également très homogène avec les très intelligentes Spitse, Groenen et surtout Van de Donk. Et sur ces bases, cette équipe néerlandaise a donc réussi à créer la surprise et à aller très loin, poussée par un soutien certain de ses supporters. Ils ont répondu présents à tous les matchs : ainsi, toutes les rencontres de l’équipe du pays hôte se sont jouées à guichets fermés. C’est un plus indéniable, pour un ensemble qui est déjà très agréable à voir jouer.

 

Comment est-on passé d’Oranje Leeuwinnen piteusement éliminées au premier tour de l’Euro 2013, à demi-finalistes de l’édition 2017 ?

Syanie Dalmat : D’abord, elle ont pour base une défense assez solide, avec une Dekker très performante en défense centrale, alors qu’elle joue plutôt dans le coeur du jeu avec Montpellier. Elles ont beaucoup de profils très complémentaires, entre Van de Sanden qui joue plutôt sur sa vitesse (en plus de ses qualités techniques), Lieke Martens qui est très bonne en 1 contre 1 et Miedema qui est vraiment une attaquante de surface puissante, meilleure buteuse de la dernière édition de la C1. Beaucoup d’internationales néerlandaises sont, aussi, arrivées en maturité en même temps et le groupe a gagné en qualité, ce qui explique que la mayonnaise prenne aussi bien aujourd’hui.

Quelle est la marque de fabrique de Sarina Wiegman, l’entraineure de cette équipe ?

Syanie Dalmat : Déjà, elle n’aime pas tellement changer ses joueuses. Elle a un onze type très clair, un 4-3-3 façon Ajax des années 70 avec des ailiers très forts, une équipe qui tourne bien avec des joueuses qui sont parfaitement complémentaires et préparées. Pour le coup, le système est totalement adapté aux joueuses qu’elle a dans son effectif. Par exemple, Vivianne Miedema, l’attaquante du FC Bayern Munich est une pivot assez classique, qui n’a marqué qu’une fois lors de cet Euro mais qui pèse beaucoup sur les défenses, ce qui permet à ses coéquipières de trouver facilement des décalages et des espaces. Pareil pour sa défense : Dekker et Stefanie Van der Gragt, qui joue aussi au FC Bayern ne sont pas hyper rapides, mais elles sont solides, intelligentes, ce qui leur permet de ne pas se retrouver souvent en difficulté.

De l’autre côté, les Lionnesses de Mark Sampson sont sur la lignée de leur très probante Coupe du Monde 2015, où elles ont terminé troisièmes. Leur armada offensive est plutôt impressionnante, non ?

Syanie Dalmat : En effet, même si 3 des 5 buts de la redoutable Jodie Taylor ont été marqués contre l’Ecosse (victoire finale 6-0 des Anglaises) dans un match où il y avait beaucoup d’espace, avec une défense écossaise étonnamment statique. Il faut le rappeler. Même si Taylor réalise un super tournoi !

Je trouve surtout que c’est vraiment un bloc, une équipe très collective, avec beaucoup de joueuses expérimentées. Les coéquipières de Millie Bright sont matures et sûres de leur fait, encore plus depuis leur beau parcours lors du Mondial canadien. Il y a aussi une grosse ossature de joueuses de Manchester City (elles sont 7 dans le groupe des 23), qui est arrivée en demi-finale de la Ligue des Champions 2017, éliminée par l’Olympique Lyonnais (1-3,1-0), elles ont un côté droit exceptionnel avec Lucy Bronze et Jordan Nobbs … Mark Sampson, leur jeune entraineur (34 ans) est aussi un technicien qui connait très bien le football féminin. Et tout ça donne un Euro 2017 très réussi jusqu’ici pour l’Angleterre.

Pour moi, Jodie Taylor (31 ans) est la grande révélation de ce tournoi. Comment expliques-tu ce changement, soudain, semble t-il de dimension pour l’attaquante d’Arsenal ?

Syanie Dalmat : Honnêtement, elle est dans une équipe qui tourne très bien donc c’est plus facile de marquer des buts. Contre nos Bleues, elle a également été opportuniste, elle a profité du bon travail de Bronze sur le côté droit. C’est une joueuse qui est à son top, comme a pu l’être Marie-Laure Delie à la Coupe du Monde 2015… Je lui souhaite que ça continue, évidemment, mais elle est surtout dans une équipe qui contre bien. Mais elle a, bien sûr, un très bon sens du but, c’est indéniable.

C’est surtout une équipe de contres en fait, même si c’est très efficace …

Syanie Dalmat : Face au Portugal, lors du dernier match de groupe, Sampson a fait tourner et face à une équipe portugaise assez faible, l’équipe de Toni Duggan a fait le jeu, c’est clair. Cependant, contre des équipes plus fortes, l’Angleterre laisse volontiers le ballon à l’adversaire, et opère surtout en contre. C’est aussi une façon de miser sur ses qualités premières. C’est une équipe parfois en difficulté techniquement, mais au niveau du pressing, elles répondent présent !

Contre la France, elles ont été très bonnes sur cet aspect-là, et cela avait beaucoup gêné Kadidiatou Diani, Eugénie Le Sommer et surtout, Sakina Karchaoui. Elles ont aussi une bonne présence athlétique, elles sont très présentes sur les ballons aériens… Leur milieu Jill Scott, qui est suspendue ce soir, devrait d’ailleurs beaucoup leur manquer car Scott est un de leurs éléments forts. L’équipe d’Angleterre, grâce à ses nombreuses joueuses expérimentées, est bien consciente de ses qualités et de ses limites, et c’est cela qui leur a permis d’atteindre ce stade de la compétition. Je pense.

Un mot sur Danemark-Autriche ?

Syanie Dalmat : L’équipe d’Autriche est une équipe solide qui m’a surprise, forcément (il s’agit de la première participation de l’Autriche à un Euro féminin, ndlr). De plus, avant cette compétition, la dernière fois que la France avait affronté les coéquipières de Nina Burger, elles ne m’apparaissaient pas aussi fortes. Mais bon : c’est une équipe qui joue avec un bloc très fort, avec une vraie maitrise tactique au niveau collectif. Ce n’est pas l’équipe qui produit le plus de jeu, mais elle joue avec beaucoup de coeur et d’enthousiasme.

Quant au Danemark, leur présence en demi-finale ne m’étonne pas, très honnêtement ! En 2013, c’était la Rød-Hvide qui nous avait éliminés en quarts de finale de l’Euro 2013. Et depuis, les joueuses de Nils Nielsen n’ont cessé de progresser. C’est également un gros collectif, qui a donc sorti l’Allemagne avec brio. Donc la demi-finale de Breda sera évidemment un match très indécis. Nous avons donc là, deux très beaux matchs à suivre ! »

Propos recueillis par Bruno AHOYO pour RadioVL.fr