«  Tourist go home ! » Samedi 12 août, une centaine de manifestants se sont réunis sur la célèbre plage de la Barceloneta pour protester contre le tourisme de masse.

 

Vous envisagez de passer vos vacances à Barcelone ? N’espérez pas être accueillis à bras ouverts. Aux cris de « Barcelone n’est pas à vendre », les manifestants dénoncent la montée des prix et les incivilités causées par les vacanciers. La polémique a éclaté fin juillet lors de l’attaque d’un bus touristique. Quatre militants encagoulés ont crevé ses pneus et tagué « Le tourisme tue les quartiers ». Ces actions coup de poing sont orchestrées par le collectif Arran se définissant comme « indépendantiste, socialiste et féministe ». Pour Dídac Martí Pinto, militant Barcelonais du mouvement de jeunesse indépendantiste Arran, « cela a eu le mérite de relancer le débat, mais c’est une erreur de cibler les touristes. Le changement doit venir des institutions. »

La cité portuaire a accueilli plus de huit millions de visiteurs en 2016, pour une population de seulement 1,6 million d’habitants. La période estivale cristallise les tensions dans cette métropole qui craint de devenir la nouvelle Venise, complètement dévolue au tourisme. « Je veux pouvoir continuer de vivre à Barcelone ! Si les autochtones disparaissent, la ville deviendra artificielle. L’essence, la vie et l’identité de Barcelone s’évanouiront à leur tour », regrette Dídac.

Tourisme

Manifestations à Barcelone – juin 2017
Credits LLUIS-GENE-AFP

Flambée des prix

L’explosion du prix des loyers pousse les habitants à s’exiler en périphérie. Les afflux massifs de visiteurs transforment les quartiers et détruisent le commerce de proximité. « Je suis révolté par ces expulsions ! Les enfants sont contraints de changer d’école, les parents mettent plus de temps pour se rendre au travail », s’indigne DídacUne tourismophobie accentuée par les pratiques illégales de plateformes de location comme Airbnb. Les militants se battent contre 40% des hébergements proposés accusés de ne pas détenir de licence d’exploitation touristique.

Tourisme de cuite

Les incivilités à répétition commises par les touristes exaspèrent les locaux. « J’en ai assez des jeunes venant à Barcelone seulement pour boire et faire la fête. Une vidéo devenue virale sur Facebook le 8 juillet dévoile un couple de vacanciers au beau milieu de leurs ébats. En pleine journée, sur un banc près d’un parc pour enfants et une école, c’est honteux », rapporte Dídac.

Victime de son succès, Barcelone cherche aujourd’hui un compromis

Comment concilier les atouts d’une mine d’or économique et la qualité de vie des citadins ? «Les touristes ne sont pas le problème, ils seront toujours les bienvenus, assure Janet Sanz, en charge de l’urbanisme à la mairie de Barcelone. Le problème, c’est le modèle de développement touristique qui nuit au tissu urbain et son authenticité. »

Le tourisme soutient le marché de l’emploi et booste la croissance d’une Espagne qui lutte pour retrouver sa vitalité d’avant 2008. Selon un rapport officiel de la Ville de 2016, il crée à lui seul environ 14 % des emplois. La maire Ada Caulo, ancienne militante du droit au logement, s’essaie à ce numéro d’équilibriste depuis 2015. Elle a interdit l’ouverture de nouveaux hôtels dans le centre-ville, et a été la première dans le monde à sanctionner Airbnb à hauteur de 600 000 euros. Des mesures de décroissance touristique jugées « insuffisantes » par les manifestants. À l’heure actuelle, le mouvement s’étend au reste de l’Espagne. Une grande marche contre « le tourisme invasif » est prévue à l’occasion des fêtes annuelles du Pays Basque, à San Sebastian, le 17 août prochain.