« Si Dieu veut, la Turquie entrera dans une nouvelle ère après le scrutin » annoncé le vice premier ministre de la  Turquie Numan Kurtulmu. Vendredi 10 Février, le président Recep Tayyip Erdogan a validé une réforme constitutionnelle visant à considérablement renforcer le domaine de compétence du président de la République. Un pas de plus vers « l’hyperprésidence ».
Depuis sa prise de pouvoir en 2014 et ce de manière démocratique, Recep Tayyip Erdogan ne cesse de transcender les règles en s’éloignant peu à peu des principes de base de la démocratie. Fatwa contre la presse, condamnation des opposants politiques, tous y passent. Toutefois, le président Turc veut sonner le glas de l’ère Kemal car le 16 avril prochain, la Turquie aura rendez-vous avec l’histoire.

« Je suis un marin et je peux vous dire que deux capitaines pour un même navire c’est du naufrage » Binali Yildirim Premier ministre Turc

En effet, le peuple sera soumis à un référendum sur l’adoption de la réforme constitutionnelle qui entre autre « hyperprésidentialise » Erdogan par la suppression du poste de 1er ministre. Une première depuis la création de la Turquie moderne par Mustafa Kemal.

L’hyperprésidentialisme : front face au terrorisme

« C’est exactement ce dont la Turquie a besoin. Le terrorisme sera combattu avec un gouvernement fort et le changement constitutionnel rendra cela possible » Binal Yildirim

La tactique du président Erdogan est simple. Jouer sur la crise majeure que traverse actuellement le pays pour légitimer la nécessité de s’emparer des pleins pouvoirs. Il faut rappeler que la Turquie a connu l’année la plus noire de son histoire.

Lieu de passage des terroristes vers la Syrie, la Turquie d’Erdogan s’est aujourd’hui placée comme un acteur majeur de la résolution de la crise syrienne. En conséquence de quoi, 22 attentats faisant au moins 360 morts ont été perpétrés  sur le sol turc.

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Vers un régime absolutiste

La séparation des pouvoirs chère au régime démocratique risque de prendre fin le 16 avril prochain en Turquie si l’issue du référendum est favorable au président Erdogan.

Cette révision constitutionnelle prévoit la suppression du poste de Premier ministre. Par conséquent la nomination et le limogeage du gouvernement seraient à la charge du président de la République. Le président Erdogan pourra gouverner par décret et dissoudre le parlement quand il le souhaite. Enfin, l’impartialité de la justice peut être remise en cause car,  suite à cette révision constitutionnelle, 12 des 15 juges de la cour constitutionnelle seront nommés par le président. C’est cette cour qui est habilitée à prononcer la destitution du chef de l’État en cas de faute.

Face à cette dérive, l’opposition politique et civile se mobilise. Mais, dans un pays où les résultats électoraux semblent de plus en plus frauduleux, l’avenir s’annonce sombre pour les opposants.

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