Une centaine de morts depuis le début de l’année, un pays déchiré. Quelles sont les origines de la crise ? Eclairage en 3 points.

1. Une crise économique : un pays dépendant du pétrole

Le Venezuela est un pays riche de son or noir. Cet argent a permis à Hugo Chavez, président socialiste de 1999 à 2013, de financer des programmes sociaux pour redresser le pays. Fort recul de la pauvreté, développement de l’accès à l’éducation et aux soins… Une bonne partie des Vénézuéliens croient en leur sauveur. Mais la chute des prix du pétrole et l’effondrement de la monnaie font basculer le pays dans une grave crise économique. Nicolas Maduro, le nouveau président, poursuit les systèmes d’aides sous forme de clientélisme. Les Vénézuéliens font face à une pénurie d’aliments et de médicaments. Des milliers de personnes tentent de fuir le pays.

2. Additionnée d’une crise politique : Maduro, un dictateur ?

Nicolas Maduro est au cœur du problème. Elu démocratiquement en 2013, le successeur socialiste de Chavez tente de poursuivre son bilan social tout en maintenant le pays d’une main de fer. Mais la crise économique et son manque de charisme nuisent à sa popularité. Aux élections de 2015, les opposants remportent la majorité des sièges au Parlement. Le bras de fer est engagé. Fin mars 2017, la Cour Suprême pro-Maduro s’octroie les pouvoirs du Parlement. L’opposition dénonce un coup d’Etat ! La Cour Suprême revient sur sa décision mais ç’en est trop pour les opposants. Ils descendent dans la rue.

Crainte d’un basculement complet vers la dictature

« Comment récupérer le pouvoir ? » se demande Maduro. La réponse est simple : élire une seconde assemblée. L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) prend ses fonctions le 4 août. L’opposition boycotte le scrutin. Une bonne partie de la communauté internationale dont les Etats-Unis refusent de la reconnaitre. Peu importe, les élus proches du pouvoir se servent des sanctions pour mobiliser leurs soutiens. Le thème de la lutte contre l’impérialisme touche les classes populaires compte tenu de l’histoire hégémonique des Etats-Unis au Venezuela.

« Aujourd’hui, nous commençons à écrire l’histoire de liberté et de paix du Venezuela héroïque »

3. Résultat, une crise sociale : le Venezuela, vers la guerre civile ?

L’héritage de Chavez : un pays divisé en deux. Selon Christophe Ventura, chercheur à l’Iris, le conflit politique qui se joue cache une sorte de lutte de classe. Le chavisme s’appuie sur les classes populaires tandis que l’opposition est majoritairement composée des classes moyennes à aisées. C’est la frange radicale de cette opposition qui mobilise les foules. Elle cherche à destituer Maduro depuis son élection. Cela explique la situation explosive actuelle. Aucun compromis n’est possible.

Une répression à son paroxysme : arrestations d’opposants politiques, une centaine de morts lors de manifestations

Leopoldo Lopez, figure de proue de l’opposition, a été arrêté en pleine nuit en pyjama mardi dernier. Assigné à résidence, il a déjà passé plus de trois ans en prison. Quant aux manifestations, elles ont fait plus de 120 morts depuis avril. Selon l’ONG Foro Penal, au moins 4 500 personnes ont été arrêtées.

Mais l’opposition ne se décourage pas. Aujourd’hui, une rébellion a été maîtrisée dans une base militaire à l’ouest de Caracas. Maduro pourrait-il être déstabilisé par ses plus fidèles soutiens, les militaires ? Un signe de division du côté de l’armée pourrait faire basculer le pays.