La firme allemande Siemens a proposé, hier, une offre alternative à Général Electric pour le rachat d’Alstom. Le ministre de l’économie français, Arnaud Montebourg est parvenu à obtenir 48 heures supplémentaires dans cette course au rachat.

 

Depuis jeudi, le groupe américain Général Electric est en négociation direct avec Bouygues, actionnaire majoritaire d’Alstom, qui détient 29,4 % du capital. Mais le géant américain se serait, sans doute, bien passer de l’offensive allemande ; Siemens a mis Dimanche, une contre proposition sur la table. La firme Munichoise souhaite racheter les activités énergétiques d’Alstom pour lui céder sa division ferroviaire, qui comporte des trains à grande vitesse ICE (avec un carnet de commande de 5.4 milliards d’euros) et des locomotives (2 milliards d’€ de commandes). Une transaction évaluée entre 10 et 11 milliards d’€.

 

Une décision politique

Au fait de ce dossier brulant, Arnaud Montebourg, ministre de l’économie, dont le « patriotisme économique » est au cœur de sa ligne politique, à travailler tout le Week-end d’arrache pied, pour gagner du temps. Et c’est chose faite. Réuni pour la troisième fois en trois jours, le conseil d’administration français s’est contenté de cette simple phrase dans un communiqué, hier soir : « Alstom poursuit sa réflexion stratégique et informera le marché d’ici à mercredi matin ». Montebourg a donc gagné 48 heures supplémentaires. Un temps précieux, pour permettre au gouvernement de faire pression sur Alstom, et faire monter les enchères entre le concurrent américain et allemand.

Ce matin, Arnaud Montebourg, a déclaré « refuser qu’Alstom, en trois jours, décide de vendre 75 % d’un fleuron national dans le dos de ses salariés, dans le dos du gouvernement, dans le dos de la plupart de ses administrateurs et de ses cadres dirigeants », sur l’antenne de RTL.

Boudé par l’exécutif, qui n’a pas apprécié d’être mis devant le fait accompli, en apprenant tardivement le projet de Général Electrique, Jeffrey Immelt, PDG de Général Electric, a finalement rencontré ce matin, François Hollande à l’Elysée, après avoir été boycotté, hier, par Arnaud Montebourg, qui a annulé à la dernier minute le rendez vous qu’ils avaient prévu ce dimanche.

Fidèle à ses principes, le ministre français, entend bien défendre les intérêts de la France. La proposition de Siemens semble davantage lui convenir : « Pour utiliser des images qui parlent aux Français : soit on se fait racheter par Boeing, soit on construit Airbus », a-t-il ainsi expliqué.  Il a toutefois assuré au PDG de Général Electric, que le gouvernement est prêt à examiner les conditions d’une possible transaction entre son groupe et Alstom.

 

L’hypothèse de deux géants européens

siemens

Selon Joe Kaeser, PDG de Siemens, l’option d’un rachat des activités énergétiques de Alstom pour la firme allemande et la cession de cette dernière de ses trains à l’entreprise française (à l’origine et constructeur du TGV), offre « l’opportunité unique de bâtir deux géants européens, chacun leader mondial », avant d’ajouter que : « s’il n’est pas consolidé, le pôle transport d’Alstom n’est pas taillé pour résister à la mondialisation ».

 

L’emploi au centre des interrogations

Patrick Kron, patron d’Alstom, a mis en avant le risque de suppressions de postes en cas de rapprochement avec Siemens, avec lequel les doublons d’activités seraient plus importants qu’avec General Electric. Le groupe allemand se dit prêt à s’engager à ne pas licencier en France pendant 3 ans.

Pour Siemens, tout comme GE, les deux entreprises se sont engagées à ce que les activités liées au transport restent basées en France.