Avec Le Serpent aux Mille Coupures Eric Valette revient avec un polar sec et nerveux porté notamment par un étonnant Tomer Sisley.

On sait pertinemment que tourner un film de genre en France est une véritable gageure que peu de cinéastes parviennent à relever, tant la frilosité de nos producteurs pour des projets sortant des sentiers battus s’avère ancré fortement dans les mentalités d’un pays rétif à la transgression et qui préfère  capitaliser sur des comédies passe partout. Heureusement quelques rares tentatives montrent le bout de leur pellicule de temps à autre pour nous rappeler avec acuité la misère du paysage du genre en France mais aussi pour nous faire une piqure de rappel et nous démontrer à nouveau qu’en laissant faire des réalisateurs qui connaissent leur affaire et aiment l’horreur, le fantastique ou le polar, il y a matière à de bonnes, à de très bonnes surprises. Eric Valette est de ceux-là et il le prouve magistralement avec son nouveau film, Le Serpent aux Mille Coupures dans lequel il revisite le polar rural avec une maestria et un respect au matériau qu’il a entre les mains qui en imposent.

Mais c’est quoi déjà… Le Serpent aux Mille Coupures ? Sud Ouest de la France, hiver 2015. Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L’homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne… 

Eric Valette avait déjà démontré son appétence pour le film de genre dès son premier film, Maléfique jusqu’aux très réussis Une Affaire D’État et La Proie et le voir embrasser un bouquin de la série noire pour son retour aux affaires était très encourageant. Adaptation du roman éponyme de DOA (qui signe le scénario et co-signe l’adaptation), Le Serpent aux Mille Coupures est une véritable incursion dans ce type de polar abrasif à la noirceur totalement assumée que le cinéma français aimait tant à une époque lointaine où les producteurs et les comédiens osaient s’aventurer dans des territoires moins confortables que ceux des appartements de la rive gauche qui servent trop souvent de décors à nos films. Ici, le coin de campagne choisi pour situer ce récit nous offre déjà des étendues de champ et de vignobles et un univers rural propice à des confrontations dans la droite lignée des westerns modernes (on pense notamment parfois à Extrême Préjudice de Walter Hill). Avec son histoire de motard traqué par des mafieux et des trafiquants de tous poils et de toutes origines, Le Serpent aux Mille Coupures nous entraine dans des affrontements tendus et violents, nimbés d’une noirceur implacable mais le film n’en reste pas moins un formidable divertissement dont on se délecte avec un plaisir gourmand.

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Le travail de mise en scène proposé par Eric Valette est réellement enthousiasmant, tant dans son découpage que sa gestion de l’action où il confirme ses indéniables qualités pour filmer des gunfights où les coups de feu et les impacts donnent une réelle sensation d’immersion et de réalisme. Alternant les séquences tendues, le déroulement de l’enquête et la présentation des personnages, le film est un vrai plaisir de spectateur pour qui aime ce type d’entreprise. Forcément tout n’est pas parfait, le faible budget empêchant sans doute de donner plus encore un cachet spectaculaire (mais le film n’est jamais cheap pour autant). Certaines scènes, notamment dans la ferme sont un peu longuettes, la multiplicité des personnages fait que certains, bien qu’impeccablement caractérisés, semblent moins utiles que d’autres, mais on reste accrochés de bout en bout. Ajoutons à cela une distribution à grande majorité masculine, à la fois hétéroclite et extrêmement convaincante (Tomer Sisley formidable en motard mystérieux quasi mutique, Terence Yin envoûtant de froideur et de perversité, Stéphane Debac irrésistible de décalage et d’humour, Pascal Greggory en vieux de la vieille à qui on ne la fait pas…) et vous obtiendrez avec Le Serpent aux Mille Coupures, un vrai film de genre qui vaut le détour.

Le Serpent aux Mille coupures est une incontestable réussite, thriller noir, sec et tendu et qui signe si ce n’est le renouveau d’un genre tombé en désuétude, tout du moins la fière représentation de ce que nos cinéastes peuvent faire lorsqu’ils ont les coudées franches et peuvent traiter un sujet sans concessions.

Le Serpent aux Mille Coupures de Eric Valette – En salles le 5 avril 2017

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