C’est une sacrée aventure que tente TF1 avec sa nouvelle héroïne de fiction, Louis(e). Proposer une héroïne transgenre sur une chaîne commerciale, fallait oser.
Pari réussi ?

C’est quoi déjà Louis(e) ? Le jour de l’anniversaire de son fils, Agnès découvre un étonnant cadeau : la maison en face de chez elle est louée à une belle femme, qui n’est autre que son ex mari, Louis, parti sept ans plus tôt. Devenue Louise, ce parent transgenre a décidé d’aller jusqu’au bout de son évidence : être femme, sans pour autant renoncer à sa famille qu’elle vient reconquérir… Mais comment se faire accepter par deux enfants et une femme qu’elle a abandonnés pour vivre au féminin ? D’autant qu’Agnès a refait sa vie avec un autre homme, peu désireux de voir cet « ex » revenir dans leur nouvelle vie de famille. Malgré le rejet des siens, les rumeurs, les préjugés, les violences, Louise refuse de baisser les bras, prête à affronter tous les obstacles pour se faire accepter, telle qu’elle est aujourd’hui, par ceux qu’elle aime toujours et qui au fond ne l’ont jamais oublié…

Un pari osé mais salutaire 

Voilà quelques années que TF1 a lentement mais sûrement opéré un changement drastique dans ses fictions, prenant davantage de risques qu’elle ne le fit par le passé. Ainsi des fictions comme Le secret d’Elise, La main du mal, Profilage et bientôt The Fall ou La mante ont vu ou vont voir le jour. Mais il y a des thématiques qui ont du mal à atteindre le prime time, voir les écrans tout simplement.
Notre fiction manque de diversité sous toutes ses formes (religieuses, sexuelles, ou même d’autres couleurs que le blanc). Pourtant, avec sa nouvelle série Louis(e), TF1 fait le pari « d’enfoncer la porte » en proposant directement une héroïne transgenre. On ne peut pas dire d’ailleurs qu’il y ait des tonnes de séries prenant ce parti mais citons deux de leurs plus belles représentantes : Hit & Miss et Transparent. C’est dire qu’avec de telles « aïeux », la chaîne ne choisit pas la facilité et s’expose à la critique, ou pire, à la comparaison. Mais il serait malhonnête de juger Louis(e) en la comparant ne serait ce qu’à Transparent. Les chaînes commerciales ne font pas la même télévision que les chaînes publiques, et encore moins que les chaînes payantes, et n’ont donc pas les mêmes objectifs.
Alors jugeons Louis(e) pour ce qu’elle est, dans le cadre qui est le sien, en commençant par dire qu’il est tout de même « étonnant » qu’une chaîne privée soit la première à proposer une héroïne comme elle, alors qu’il s’agit bien d’une vraie mission de service public et que France 2 ou France 3 auraient du être à la pointe en la matière.

Louis(e), pari quasi réussi

Il convient de dire que l’on attendait cette nouvelle série avec impatience mais que l’on avait été sérieusement refroidi à la vision du teaser au #Showeb2017. Conçu pour accrocher comme tout bon teaser, il a eu sur nous l’effet inverse, celui de nous refroidir, ne dévoilant pas vraiment le vrai potentiel de la série. Car oui Louis(e) s’inscrit dans la tradition des fictions familiales de TF1 mais se sert de ce cadre pour dire des choses. Certains trouveront que la série les dit trop simplement mais c’est aussi très important car le message passe mieux, beaucoup mieux même, auprès d’un public plutôt familial. C’est assez malin de la part des deux créateurs, Fabienne Lesieur et Thomas Perrier, que d’utiliser l’écrin qui est celui de TF1 pour distiller leur message positif. Et l’acceptation se fait par la représentation positive (comme le personnage de Thomas dans Plus belle la vie qui fit beaucoup pour la représentation des homosexuels dans la fiction française).

La rumeur ne m’atteint pas
Car mon cœur ne l’entend pas

Louise est une belle héroïne envers laquelle l’empathie se fait assez vite. Car derrière le sourire se cachent de vraies douleurs que la série ne manque pas de montrer (reconstruire sa vie amoureuse, sa famille, se faire accepter des siens et de la société…). Il faudrait juste que la série se permette d’être un peu plus « sombre » et donne moins l’impression de nous proposer, on schématise exprès, « une famille formidable avec un personnage transgenre ». Mais il y a de vrais jolis moments dans ce double épisode pilote comme quand Louise veut déposer une plainte au commissariat ou quand elle danse chez elle au son de cette très jolie chanson « La rumeur » (interprétée par Amanda Lear) et aux paroles qui nous disent aussi beaucoup de choses de ce personnage.

Mais la vraie carte maîtresse de Louis(e) c’est Claire Nebout. La comédienne qui nous avait déjà touché dans La vie devant elles (déjà produite par Cinétévé ndlr) prend littéralement possession du personnage et l’habite. Elle est Louise et elle est par moment réellement bouleversante.
Tous les rôles ne sont pas encore aussi bien servis, sans doute car « trop lisses », le principal reproche que l’on pourrait faire à la série. Mais la promesse d’une fiction différente, avec une héroïne forte qui aura beaucoup de choses à nous raconter (à condition de ne pas être dans le futur seulement une énième comédie romantique) fait que l’on valide ce double pilote et qu’on est très curieux de voir ce que la série nous proposera dans la suite de cette saison 1…
Mention spéciale au très joli travail effectué par Yann Macé et Luc Leroy sur la musique de la série.

On craignait que TF1 ne se soit pris les pieds dans le tapis mais la chaîne nous offre une fiction familiale réussie, tendre avec une nouvelle héroïne qui devrait nous dire des choses tout en fédérant un large public. Pour la suite, on demande juste modestement de durcir un peu le tout quand même. Et à Claire Nebout de porter toujours aussi intelligemment ce personnage.  

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